Alain Maufinet : Les Petites Chroniques d’un auteur.

Alain Maufinet : Les Petites Chroniques d’un auteur.

Il était une fois, un auteur…
Alain MAUFINET

Je sors de la salle des fêtes, du petit village, satisfait de mes dédicaces et de mes rencontres. Les deux organisateurs ferment les portes derrière moi. Amoureux de bonne chère, je décide de rejoindre un restaurant réputé dans cette cité médiévale. Un habitant me l’avait recommandé, sans me donner d’indications précises. Je quitte la seule place du bourg, peu fréquentée. Je m’engage dans une ruelle aux lampadaires moins lumineux que les rares étoiles qui percent les nuages. Je suis décidé à suivre le fléchage artisanal indiquant les commerces locaux. La nuit m’enveloppe déjà.
Je progresse depuis dix minutes, sur une ruelle mal pavée et déserte. Un chien hurle. Un volet claque. Les murs semblent s’incliner progressivement vers moi. J’entends parfois des sons étranges que mon imagination déforme de plus en plus. Seuls, mes pas résonnent sur le sol inégal. Quelques rares lueurs me permettent de deviner ma direction. Je crois voir des gouttes de sang sur un mur, sans être convaincu que ce ne sont que des pétales de fleurs sauvages. Je me reproche de me laisser gagner par l’inquiétude et de subir la nuit et ses fantômes. Je préfère revenir en arrière, persuadé d’avoir négligé une indication.
Brusquement sur ma droite, une porte heurte un mur. Je sursaute, en découvrant une silhouette. Une odeur de sang séché me paralyse, lorsqu’une lumière éclatante me fait découvrir un colosse avec un tablier sanguinolent. Dans sa main, s’agite une lame gigantesque. Il me barre la rue. L’idée d’un bon repas m’a quitté. Je recule et trébuche sur un pavé disjoint en découvrant derrière moi des ombres qui se détachent. L’inquiétude m’assaille, l’homme avance, la lueur de ses yeux m’inquiète. Je reste debout, même si je n’avais jamais connu pareille panique.
Soudain, le géant me touche l’épaule et annonce d’une voix de stentor.
« Venez voir, c’est lui, l’auteur qui a dédicacé un bouquin à Martine cet après-midi. »
L’on m’entoure, l’on me félicite. Une jeune femme arrive en brandissant mon livre.
« J’ai lu les premières pages, j’aime beaucoup… » continue le géant que je trouve soudain très sympathique. Il rit, plaisante, m’entraine, appelle ses amis, sort verres et bouteille.
C’est ainsi que j’ai goûté au vin du pays, tout en sympathisant avec le boucher du village, sa famille et ses voisins. Je n’ai pas diné, mais j’ai longuement raconté une foule d’anecdotes à des visages attentifs.