Autant en emporte le vent, par Tiffany Ducloy.

Autant en emporte le vent, par Tiffany Ducloy.

Je suis une plume perdue, tombée d’une oisillonne qui fuyait la chaleur glaciale de l’automne. A priori solidement accrochée, a fortiori j’étais bien décidée à faire ce voyage, a posteriori j’y croyais dur comme fer, comme si je partais pour rester accrochée à ma petite bête à deux pattes et deux ailes. Avant que je n’ai eu le temps de dire « ouf », le souffle de la brise délicate m’a ôtée à ce nouveau monde qui m’attendait à deux battements d’ailes, de l’autre côté du globe. J’ai virevolté au grès du vent qui m’a offert des tempêtes et des bourrasques, du levant se levant et de l’autan m’emportant au temps du vent. Ces vents, ils m’ont offert des tours gratuits, encore et encore, des danses à foisons, encore et encore, des tourbillons tourbillonnant, encore et tout le temps. Changement de direction, vent soufflant de l’Est. Le monde, tel un carrousel, tournoie autour de moi et voilà que je fais des tours dans lesquels je me noie. Petite plume chancelle et chante celle qui battait des ailes. Je me dirige vers ce qui me semble être un nouvel univers. A la fois impuissante de mon destin et en quête d’aventure, je me suis finalement finement posée, déposée et reposée dans le pays d’à côté. Et j’attends. Je ne sais pas ce que j’attends, mais j’attends ce que je ne sais pas. Peut-être qu’un enfant viendra me recueillir et me fixer dans un vieux bouquin poussiéreux comme une vieille antiquité précieuse, usée, usagée, et élimée qu’on veut conserver et préserver. Cette pensée ne me semble pas si bête, en souvenir de cette brave petite bête, de cette oisillonne qui loin de moi, désormais, papillonne. Dans l’attente attentive, petite plume perdue était là, sur le sol goudronneux de la grande ville lointaine du pays d’à côté, loin, bien loin de sa forêt habituelle et de la voix de crooner de sa propriétaire. Je me sentais seule, mais si seulement j’avais compris que chacun au fond de son cœur se sent seul, alors j’aurai pu donner ce fameux coup de patte salutaire qui m’aurait renvoyé haut, très haut dans les airs, loin, très loin du sol, dans le bleu azur du ciel solaire prête à me laisser flotter et transporter par la puissance de ce souffle d’or qui m’emmènera droit devant et qui me fera dire : « me voilà, c’est moi, je suis venue découvrir le monde ; je suis venue me faire découvrir au monde. À la fois impuissante de mon destin et en quête d’aventure, je me suis finalement finement posée, déposée et reposée dans le pays d’à côté. Et j’attends. Je ne sais pas ce que j’attends, mais j’attends ce que je ne sais pas. Peut-être qu’un enfant viendra me recueillir et me fixer dans un vieux bouquin poussiéreux comme une vieille antiquité précieuse, usée, usagée, et élimée qu’on veut conserver et préserver. Cette pensée ne me semble pas si bête, en souvenir de cette brave petite bête, de cette oisillonne qui loin de moi désormais papillonne. Dans l’attente attentive, petite plume perdue était là, sur le sol goudronneux de la grande ville lointaine du pays d’à côté, loin, bien loin de sa forêt habituelle et de la voix de crooner de sa propriétaire. Je me sentais seule, mais si seulement j’avais compris que chacun au fond de son cœur se sent seul, alors j’aurai pu donner ce fameux coup de patte salutaire qui m’aurait renvoyé haut, très haut dans les airs, loin, très loin du sol, dans le bleu azur du ciel solaire prête à me laisser flotter et transporter par la puissance de ce souffle d’or qui m’emmènera droit devant et ne me fera pas taire parce que : « me voilà, c’est moi, je suis venue découvrir le monde ; je suis venue me faire découvrir au monde. »

Tiffany Ducloy

Co-auteure de « Stupeur et confinements«