Bienvenue en folichiatrie

Bienvenue en folichiatrie

Un long couloir à traverser. Celui vers le service de réhabilitation en hôpital psychiatrique.
Il est terne, monotone, sombre.
Il est sale.
Voilà ce que l’on offre aux êtres humains dont l’esprit n’est jamais apparu ou s’est perdu dans une dimension autre. La quatrième. La cinquième. Allez savoir.

Et pourtant, c’est un hôpital aux murs classés datant du XVIème siècle.
Il est laissé à l’abandon ou réparé comme « ils peuvent » d’après ce qu’ils disent et nous détournons les  yeux de leurs résidents.
Zola aurait pu y écrire l’un de ses romans sur la noirceur et le misérabilisme.
La folie dérange. L’incompréhensible fait peur, malmène. Tout cela est impossible.

Le bâtiment étouffe. Il semble isolé même au centre d’une grande ville.
Des corps errent sans portes à ouvrir sauf celles de leur unité, de leur chambre. Rien ne les amène vers l’extérieur. Parfois. Pour combien de temps?
Certains jettent leurs médicaments, leurs régulateurs d’humeur, leurs anti-depresseurs, leurs anti-trucs et machins et tentent de se retrouver quelque part dans un juste milieu. Le cerveau entre deux chaises. La folie et le cadre.
Les déraisons sont des geysers. C’est ainsi qu’ils communiquent. Par vagues intraduisibles, uniquement interprétables.

Des pigeons passent et trépassent. Ils se déplacent au ralenti.
Je comprends. Ils avalent les cachets jetés au sol entre les brins d’herbe des jardins et quelques miettes de pain.
Parfois, l’un d’eux meurt différemment entre les doigts d’un jeune patient. Jeune patient qui câline les soignants, réclame de l’affection.

Je pourrais vous parler de ce quotidien fait d’insultes, d’obscénités. Parler aussi de toutes ces discussions éternellement identiques. Leurs certitudes confrontées aux nôtres.
Je pourrais parler aussi de ce combat pour leur trouver des lieux de vie plus adaptés. Je serais honnête et je dirais plutôt « LEURRE ».

Trois mois plus tard, je trouve ma porte.
Ouf! Oui, je suis un rat qui quitte le navire…pour un autre service de réhabilitation. J’ai besoin d’espoir. Je ne veux pas continuer dans l’ombre.
Plus d’hôpital aux murs classés. Trois maisons remplies de jeunes gens. La folie a toujours une main posée sur leur épaule.
Cette fois-ci, je suis un portier. Un vrai portier. Ils me donnent la possibilité de les amener devant une porte. Et derrière, il y a de la vie.

La maladie est régulée sans recette miracle. La potion magique n’existe pas. Panoramix a échoué. Un jour, un psychiatre me dit « c’est comme assaisonner un plat. Il faut réussir à doser le sel et le poivre. »
Mais, la maladie ne définit pas l’autre. Il existe. Il est différent mais il existe. Ne detournez pas le regard. Ne cherchez pas à comprendre.

Laissons cela aux médecins et comme le disait Coluche:
“Les psychiatres, c’est très efficace. Moi, avant, je pissais au lit, j’avais honte. Je suis allé voir un psychiatre, je suis guéri. Maintenant, je pisse au lit, mais j’en suis fier.”

(Aucun soignant n’a pas été maltraité lors de ma courte expérience. Moi compris.
Leur accompagnement est un sacerdoce malgré les moyens limités et l’usure qui s’installe)