Confidence à la lune

Confidence à la lune

Chez nous, l’arbre de Noël, donnait lieu à un véritable rituel… C’était papa qui l’installait. Maman sortait la boite magique, celle qui passait tout le restant de l’année, sur une étagère de son armoire. Il y avait à l’intérieur, tout un monde magique de petits trésors, accumulés au fil des ans, qui mettaient des lumières dans mes yeux d’enfant. L’étoile, qui trônait au sommet du sapin, dorée et majestueuse… Le petit ange tellement fragile que mes doigts maladroits n’osaient pas le toucher et les jolies boules colorées, que papa accrochait aux branches par un fil de soie. Ninou, faisait passer à papa les délicates boules, apanage de la sœur ainée, et moi, je conseillais… Plus haut … Plus bas…On terminait par les lumières… C’était des bougies multicolores, placées sur des petites coquilles colorées, munies d’une pince. Et… L’arbre terminé papa allumait les bougies avec une allumette. Je courais éteindre la lampe et nous faisions en cœur…OHHHH !… Ninou et moi nous dansions la ronde du bonheur, sous les regards attendris de mon père. Quels beaux Noëls nous avions là… Le soir venu, le père Noel ne faisait pas fi du petit verre d’Armagnac, qu’on lui laissait sur la table, pour le réchauffer bien sur. Le pauvre vieux devait finir sa tournée complètement bourré. Noël, c’était aussi, la séance de cirage des souliers, le petit vernis noir du Dimanche, que je n’aimais pas trop, car il coinçait les orteils. On les frottait avec du beurre pour qu’ils soient bien brillants, et les bottes de papa au cirage noir… Maman disait qu’il fallait astiquer, elle les inspectait avant de les placer devant l’arbre, le Père Noel n’aime pas les souliers sales. Je l’avais rencontré le Père Noël, devant les « Nouvelles galeries ». On m’avait quillée sur ses genoux, pour la photo… Je fais une drôle de tête sur la photo… Je n’ai pas trop aimé ça, le pauvre vieux sentait fort mauvais. Je n’ai pas osé me boucher le nez, et maman qui disait extasiée « fais donc un bisou au Père Noel ! » J’étais inquiète en regardant son ventre, il ne passerait jamais par la cheminée… Dès mon arrivée à la maison, à peine les moufles enlevées, je me suis précipitée vers le salon, et c’est là que papa m’a trouvée, pleurant dans l’âtre, accroupie et maculée de suie… Scrutant avec angoisse le conduit béant… Décidément il ne passera pas, quelle catastrophe ! Alors papa a essuyé mon visage noirci, avec son grand mouchoir à carreau et m’a dit… « Mais si tu verras… il passera … »!

 

Patricia Vidal Schneider (copyright )