Dans 13 jours. Par YLR.

Nous vivons une période historique. Une période qui donnera très certainement  avec les événements à venir comme ceux passés, de quoi nourrir d’études les sciences humaines pendant des lustres. Ce mélangisme actuel de l’information et de la désinformation, avec en toile de fond la mort de la cinquième république, cette période où la délation, la compromission, la propagande, l’antisémitisme et l’autoritarisme comme la rébellion sont souverains, n’est pas commune. Ni anonyme.  La tranchée profonde qui coupe la France en deux ne se rebouchera pas avant longtemps. Et elle sera dans les livres d’histoires, probablement comparable à une nouvelle ligne de démarcation, à un affrontement idéologique que maintes fois par le passé les vieux démons de notre pays ont nourri. Cette saignée à terre ouverte sera le résultat reconnu de deux antagonismes profonds. Profonds et fratricides. Sécessionnistes.

Un retour à la vie « d’avant » par le rejet massif de la vie « d’après », demandera certainement du sang, des larmes et de la sueur, pour reprendre une célèbre formule dite pendant un autre temps de guerre. Un autre « temps de guerre », car j’ai la désagréable impression que nous sommes en guerre. Ou plutôt dans l’attente d’un inéluctable affrontement. Et les hostilités sont bel et bien ouvertes. Et, dans tous ces convois chargés de poudre qui déambulent dans les rues, comme dans les ministères, une étincelle suffira pour que le pire arrive. Je ne le souhaite pas. Il faudrait être fou pour le souhaiter. Et je ne me retrouve pas dans l’idée que celui qui veut la paix doit d’abord préparer la guerre. Mais, je ne vois pas comment nous pourrons sortir de l’impasse, sans passer par cette phase critique. Le mouvement des gilets jaunes a prouvé, anarchiquement et chaotiquement, sur une longue période, qu’une partie importante de la population pouvait mener des actions coordonnées tout en se défiant de toute récupération politique.  Même syndicale. Alors, que va-t-il se passer quand la crise financière annoncée  va s’accoupler avec la crise sanitaire ? Quand la misère et l’insécurité vont prendre le dessus sur le quotidien et quand les réponses politiques qui en découlent ne feront qu’attiser l’incendie ?

Nous sommes pris en otage, quelles que soient nos opinions, que l’on soit de l’avis du gouvernement, que l’on cautionne la farce sanitaire ou non. Nous sommes et serons tous concernés. Coincés entre une réalité citoyenne et une autre réalité que je qualifierai de grossière. Grossière, mais qui pourtant convient à plus de la moitié de la population. Pourquoi d’ailleurs, tant de gens cautionnent-ils aveuglément ce qui se met en place dans notre pays? Pourquoi nos journalistes et nos intellectuels ne montent-ils pas tous au créneau ? Pourquoi n’essayent-ils pas de rassurer les populations, d’expliquer et d’aider ? Pourquoi n’ai-je plus confiance en eux ? Pourquoi ne vois-je pas de solutions politiques, d’opposition valable et institutionnelle se définir dans le paysage ?

J’ai beau observer, faire mon examen de conscience, échanger avec des tiers, je n’obtiens pas de moi-même la réponse ferme et définitive que je souhaiterais. Et il est difficile de trouver des réponses  et de donner caution à ce que j’observe de ces comportements pourtant maintes fois pointés du doigt et condamnés dans l’histoire tumultueuse de notre pays. Même en prenant du recul, entre deux colères outragées, même en essayant de réfléchir sereinement, pour ne pas dire professionnellement, c’est pourtant à chaque fois l’angoisse du lendemain qui l’emporte.

Autre angoisse et autre peur, c’est cette inertie d’une partie de la population, dont on ne sait, au final, ce qu’ils pensent qui me tracasse. Ceux qui sont ouvertement progouvernementaux, comme pro sanitaire, me font moins peur. Déjà parce qu’ils sont moins nombreux qu’on veut bien nous le dire, ensuite parce qu’ils ne se cachent pas dans l’ombre. Et que je les identifies. Même si je m’aperçois au fil du temps et des échanges que le radicalisme qui se développe dans les deux camps rend le dialogue de moins en moins possible…en cela d’ailleurs, je ne vaux pas mieux que les autres. Moi aussi, malgré moi, j’ai l’insulte au bord des lèvres. Moi aussi, comme tant de personnes de mon entourage me l’ont confié, et dans les deux camps, j’ai parfois envie de violence envers l’autre.

Qu’en pensez-vous, docteur ?

Une autre question, celle qui parfois m’empêche de dormir, est de me demander pourquoi tant de gens vivant dans ce pays le détestent à ce point ? Renient ses valeurs. Contestent jusqu’à son existence républicaine? Ce qui m’amène à une autre question : comment en sommes-nous arrivés à mettre à la tête de notre pays des « élites » qui détestent, méprisent et se moquent ouvertement de sa population ?

Et comment, quitte à m’attirer les foudres de la censure, je peux en arriver à écrire cela ? Enfin, comment au pays de Voltaire, de Rousseau, de Hugo, de Zola, de Kessel, de Gary, de Camus et de quelques dizaines d’autres  grands personnages, hommes et femmes, ouvertement démocrates et défenseurs de la justice comme des principes de la république, comment, en sommes-nous arrivés à ce point aujourd’hui  en France ?

Je ne sais pas de quoi demain sera fait, peut-être ne suis-je qu’un mauvais corbeau, qu’un complotiste, mais ce que je sais, c’est que je ne suis pas sans conscience.

Alors, en ces derniers  jours de cet été calamiteux qui ne nous a même pas offert la trêve espérée et nécessaire, je ne peux que m’interroger, à 13 jours du coup d’envoi d’une rentrée sociale qui s’annonce mal. Que Marianne nous protège…

 

YLR. Rédacteur en chef de la revue L’EDREDON.