Des bleus à l’âme

Des bleus à l’âme

Des bleus à l’âme

Le vitriol bleu…
Dans mes souvenirs d’enfant, j’associais le mot vitriol a des petites fioles d’acide que dans les films de cape et d’épée, les femmes jalouses et trompées, jetaient au visage de leur rivale qui partait en hurlant, se tordant de souffrance,défigurée à jamais…
C’est drôle, comme l’imaginaire nous éloigne de la réalité. Morte empoisonnée au vitriol bleu, j’ai appris par un ironique hasard ce que cela signifie. Oh! J’y ai survécu, par miracle.

Je garde en mémoire cet éternel goût ferreux dans la bouche, ces douleurs abdominales effroyables, une pauvre molaire qui est tombée sans crier gare et mon jeune médecin qui n’y comprenait rien, jusqu’à ce qu’à la lecture de mes analyses sanguines, il me dise en haussant le sourcils :  » Vous avez du sulfate de cuivre chez vous?????? » J’ai répondu en bafouillant : » oui pour traiter la vigne ! Mon mari en a un sac dans le garage! »

Il a dodeliné de la tête en marmonnant :  » Dans le garage vous dites ! Ah c’est curieux! C’est un poison violent vous savez! »

Alors..un frisson glacé a parcouru mon échine et la triste réalité est apparue à mes yeux, comme un voile qui se déchire ….
J’ai revu le café fumant et que je trouvais immonde et amer, qu’il tenait absolument à me monter au lit tous les matins, j’ai revu son insistance pour que je le boive jusqu’à la dernière goutte, j’ai revu cet assureur de ses amis qui m’attendait chez nous un soir et les papiers qu’il voulait absolument que je signe, à l’origine d’une dispute mémorable.
Je l’entendais encore me dire , parlant de la vieille dame qu’il avait prise en viager pour acquérir  » Aouech » une vieille bâtisse Béarnaise de 1638 , viager qui avait duré trois mois à peine : » Elle est morte empoisonnée au vitriol bleu, un suicide sans doute ». Il hochait la tête en grimaçant un sourire et rajoutait  » C’est une chance inespérée  »
C’est à ce moment-là que j’ai compris et que j’ai su qu’il fallait absolument que je parte.
Je me suis garée devant la vieille maison au passé sulfureux et, debout devant « Aouech » de sinistre mémoire, mes yeux se sont descillées , je suis sortie brutalement de ma léthargie et de mon rêve.
J’étais vivante………..grâce à Dieu …….ou au diable! Mais jusqu’à quand ! Ma seule issue était la fuite.

Patricia Vidal Schneider