Éditorial : « Les primaires ou le non-sens républicain en action. »

Éditorial : « Les primaires ou le non-sens républicain en action. »

 

Présidentielle 2022 : le candidat socialiste sera désigné par « un vote militant », assure Olivier Faure. Le Premier secrétaire du PS a refusé catégoriquement le principe d’une primaire ouverte et citoyenne, pour éviter « cet épanchement permanent où chacun pense que son heure de gloire est arrivée »(Source France info)

C’est en réaction à cette information que j’écris ce qui va suivre. Je constate simplement que les dirigeants des partis politiques ne retiennent pas les leçons de l’histoire de leurs propres partis. Non seulement  ils n’évoluent pas et ne s’adaptent pas, mais leurs sacro-saintes procédures internes de sélection des candidats ne conduisent qu’à une chose :  contraindre l’électeur du deuxième tour d’une élection à choisir entre la peste et le choléra. Je n’assène pas cette vérité sentencieuse pour le plaisir ni par goût de la polémique. Aussi, permettez-moi de développer.

2002 & 2017, sont deux dates majeures de l’histoire de la VIe République. Tout autant que 1958 et 1981… Les 4 dates sont 4 fractures politiques notables. Mais, les élections présidentielles de 2002 et 2017 ne sont que les fruits nauséabonds de deux manipulations politiques de masses et de deux votes « sanctions » imbéciles d’un électorat en divorce avec la classe politique. Et d’un taux d’abstentions record. Rappelons que le  dernier locataire de l’Élysée utilise les meubles avec moins du tiers des voix de l’ensemble de l’électorat.

Détaillons un peu : l’électorat français se compose en principal, de ceux qui ont un intérêt réel à porter «leur» candidat au pouvoir, de ceux qui ont des convictions militantes, de ceux qui défendent la république et sont démocrates dans l’âme et donc se moque de la couleur politique du candidat tant qu’elle est non extrémiste, et de ceux qui sont tout simplement en colère, déçus ou revanchards. Cette dernière catégorie est malheureusement majoritaire. Et je constate que les mandats passent et que le fait demeure.

Seulement, là-haut, au sommet des pyramides, on ne change rien. On constate, on digère les résultats, on parle, beaucoup, on écrit, beaucoup, on médiatise, beaucoup, mais à chaque nouvelle période électorale que république fait, on reproduit exactement le même schéma. Et pour moi, le problème vient en principale des primaires. Du choix des champions.

Que sont les primaires sur le papier ? Prenons la définition commune : « Une élection primaire est une élection qui permet la désignation du candidat d’un parti politique à une élection. En France, les partis politiques désignent le plus souvent leurs candidats par une désignation interne, ouverte aux seuls adhérents, parfois appelés « primaire fermée ». Donc, comme l’explique si bien le premier secrétaire actuel du PS , ce sont les militants du parti qui choisiront en interne « l’athlète  complet» qui participera à la grande course.

Mais, de scandales retentissants en duels épiques, nous pouvons constater, nous, pauvres citoyens qui ne sommes pas militants d’un parti, que « l’athlète  complet » en question est désigné sous pressions comme sous influences. Et en tant que sympathisants non inscrits, mais adhérant plus ou moins à un programme politique, donc à la proposition d’un candidat, nous n’aurions pas choisi celui qu’on nous impose. Je ne cite pas de noms, ce n’est pas le propos, mais si un centriste est au pouvoir aujourd’hui, c’est bien qu’à gauche, comme à droite, il n’y avait pas les bonnes têtes sur les affiches. Et ce n’était pas les bonnes têtes, parce que la majorité des électeurs ne les avaient pas choisis.

Mais, à la direction des partis comme dans les ministères, dans les palais et au domaine des dieux, on perd le sens commun, on perd le contacte avec cette « France d’en bas » peuplée de « sans dents » et de « Gaulois réfractaires ». Pour faire simple, à la direction politique, de la majorité comme de l’opposition,  on marche à côté de ses pompes. Le « casse-toi pôv con! » fait force de loi.

Mais, si nous pouvions avoir enfin la « voix » au chapitre, nous les votants de base, comme nous les abstentionnistes, et bien le processus démocratique s’en trouverait sécurisé. Et le capital confiance des Français envers la politique en générale gagnerait en force, c’est mathématique.

Pour se faire, le vote blanc doit être pris en compte.

Comme un seuil d’abstention « honnête sur la proportion de votants » devrait définir si une campagne doit se prolonger ou non, en clair, si un troisième tour est nécessaire ou non. Voir de « casser » une élection, puisque les différends candidats et leurs programmes ne satisfont pas l’électorat de base toutes tendances réunies.

Et enfin, une primaire devrait être « ouverte », à tous les votants, inscrits ou non dans les partis. Un candidat à une élection devrait  non pas être imposé, mais « attendu » par son électorat. Nous nous passerions ainsi de la starisation à outrance du candidat, des cuisines internes, des guerres de positions, des copinages et j’en passe. Un candidat attendu même perdant représenterait alors une saine opposition.

Utopie ?

Non, dans son armement législatif, la cinquième prévoit ce cas de figure y compris la vacance du pouvoir sur un temps donné. En France, les primaires sont devenues l’abattoir de la boucherie médiatico-politique électorale. L’arrière-salle du tripot. Je ne suis pas socialiste, je ne suis d’ailleurs d’aucun parti, mais je suis un citoyen et je constate depuis des années, le mal que les primaires font à notre pays.  Depuis l’élection présidentielle de 2002, en votant, j’ai eu l’impression de choisir à chaque fois entre la peste et le choléra et la tendance s’est aggravée depuis 2017  en particulier. Même si je suis persuadé que les élections présidentielles de 2022 pourraient ne pas avoir lieu, tant la démocratie a foutu le camp, je rêve, comme dirait Martin,  pour une fois, de ne pas être à nouveau dans cette position d’otage devenue récurrente dans mon isoloir…

 

YLR, rédacteur en chef pour l’Édredon.