HAUT…LES MASQUES par Laetitia Cavagni

HAUT…LES MASQUES par Laetitia Cavagni

Haut…les masques

Sur le ton d’un « j’accuse » de Zola, je vous pose cette question. Qui êtes-vous pour juger de mes décisions ?

Oui, vous. Tous ceux que je lis. Tous ceux que je t’entends. Vous et vos certitudes sur le port ou non du masque. Vous qui nous assénez à longueur de secondes, de minutes, de semaines, vos opinions.

Vous prônez la liberté individuelle à choisir pour soi mais en quoi êtes-vous tolérants à comparer les porteurs de masques à des moutons ? À insulter nos médecins qui portent aussi ces masques de « VENDUS » ?

En quoi êtes-vous tolérants dans cette liberté individuelle que vous défendez si fort, si passionnément ?

Dans vos discours, vous décidez pour les autres. Vous ne laissez aucune place à une conversation posée et mature.

Non, je n’ai pas peur. J’ai appréhendé ma peur. J’ai fait le tri dans les informations de chacun. Je ne regarde pas BFM ni C+ ni TF1 ni les autres. Je lis « Le Monde » avec un plaisir apaisant et non passionné du fait de la neutralité des articles. Cette neutralité me fait tellement de bien, moi le mouton assistante sociale.

Je discute avec des médecins hospitaliers ou non hospitaliers. Je communique avec mon équipe. Nous décidons et nous nous adaptons.

L’ARS ne propose pas. Elle impose.

Sachez que nous mettons et maintenons nos mesures sanitaires en fonction aussi de nos patients ( en addictologie et en psychiatrie). Notre réflexion dépasse celle du bureaucrate, du gouvernemental et du cheffaillon bien planqué derrière son costume-cravate et ses assistants. Nous décidons. Nous refusons aussi parfois.

Je porte le masque sur mon lieu de travail malgré mon épuisement, malgré les boutons et les rougeurs (bien sûr qu’on y pense. Le futile est utile).

Je porte le masque non pas par obligation. Je le porte par respect et responsabilité de ces personnes que nous accompagnons. Je me dis, certainement bêtement, « leur vie est déjà si douloureuse. Je ne souhaite pas rajouter un séjour à l’hôpital à cette femme aux poumons détruits ni à cet homme à la tête remplie de brouillons et de néant. »

Excessif ? Pas excessif ?

Je porte le masque dans les lieux publiques. J’évite la foule mais ça, ce n’est pas nouveau. Ma solitude est mon armure.

Je porte le masque car depuis toujours, depuis mon premier stage d’assistante sociale en addictologie, et ce malgré tout mon recul professionnel, j’ai eu à cœur de ne jamais rien faire qui serait un risque pour ces personnes. Il y a des métiers dont on ne peut jamais totalement retirer le costume.

Mon épuisement physique est si intense. Celui de mes collègues qui s’arrêtent de travailler aussi. Alors, on pallie.

Ma tête va bien. Elle est parfaitement bien ancré sur mes épaules. Elle est sereine. Elle est claire.

J’aime mon métier. Les médecins aiment leur métier.

Si vous nous demandiez « choisissez entre votre liberté individuelle et le bien de vos patients », vous qui, un jour, devenez patient, que pensez-vous que nous ferions ?

Ce débat sur le masque cache toute la misère et la souffrance de notre société. Notre société se détruit elle-même et nous l’y encourageons alors que nos dirigeants nous observent.

Sur les cendres de ces douleurs, de ces vies décharnées sur lesquelles beaucoup se sont acharnés, je tente, comme nombre d’entre nous, de faire naître quelques braises. LA VIE. LE MOUVEMENT.

Et masquée. Haut masquée.

Bien à vous et sans aucune haine,

Laetitia CAVAGNI