Interview de David Laroche :

1) Bonjour David Laroche, c’est un plaisir de vous interviewer, vous qui êtes l’un des coachs francophones les plus connus, pouvez-vous nous en dire plus sur vos routines quotidiennes ?

Bien sûr, à vrai dire, la gestion de mon entreprise « Paradox » (qui compte plus de 60 collaborateurs) prend la majorité de mon temps. J’essaie donc d’avoir une routine quotidienne qui m’aide à maintenir un équilibre entre le travail intensif et le bien-être physique et mental. 

J’essaie d’intégrer du sport et du mouvement au maximum, donc je commence chaque journée par une petite marche sur un tapis, pour réveiller mon corps. Et pour rendre ce moment plus productif, j’écoute des podcasts, des livres audio ou des formations en ligne, ce qui me donne le sentiment d’apprendre et donc de maximiser ce temps-là. 

Je consacre ensuite les premières heures de la journée au « Deep Work », une période de travail sans distractions. J’évite les rendez-vous ou les appels, je décide d’éteindre mon téléphone, et je me concentre à 100% sur la chose la plus importante que je veux faire ce jour-là. Cela me permet d’être plus productif et plus créatif. 

Ensuite, afin de maintenir mon énergie et ma concentration tout au long de la journée, j’intègre régulièrement des pauses de 15 minutes, pendant lesquelles je vais respirer, faire un saut dans la piscine, ou faire des micro-siestes. C’est hyper important pour maintenir ma concentration et ma productivité sur le long terme sans m’épuiser.

Enfin, la musculation fait partie intégrante de ma routine, j’essaie d’en faire au minimum 3 fois par semaine. Au-delà de ma santé physique, je le fais aussi pour renforcer ma discipline et ma détermination au quotidien.

2) Vous faites bon nombre de conférences, séminaires, coaching de dirigeants, pour vous quelles sont les actions à mettre en place pour une progression perpétuelle ?

Avec « Paradox » on a créé un modèle en trois points :

  • Le premier : c’est d’avoir le courage de suivre sa propre voie, et ce, même face à la critique, sans savoir si notre choix va payer. Par exemple, dans mon interview Laurent Lafitte, il raconte ce moment où il a décidé de dire non au tournage de la saison 2 d’une série dans laquelle il ne se sentait pas vraiment à sa place. Pendant les 6 mois qui ont suivis, il n’a plus reçu aucune opportunité. Trop souvent la peur du rejet social nous pousse à nous conformer aux attentes de la société, ou des normes sociales et étouffer ce murmure intérieur.
  • Le deuxième : c’est développer un état d’esprit stoïque, “anti-fragile” pour reprendre les termes de Nicholas Nassim Taleb. La vie est faite de haut et de bas, de victoires et de moments d’adversité. La manière dont on régule nos émotions dans le bruit des applaudissements ou dans l’obscurité des challenges est déterminante. C’est la raison pour laquelle sur la table de chevet de nombreuses personnes ayant marqué l’histoire on retrouve les mémoires de Marc Aurèle, célèbre empereur Romain, très influencé par la philosophie du stoïcisme. Notre capacité à rebondir, à gagner une partie même lorsque la vie nous donne les mauvaises cartes est à mon sens véritablement déterminante.
  • Le troisième : c’est ce que l’on appelle « l’Inspired Focus ». On croit souvent que notre réussite est proportionnelle à notre niveau d’activité. C’est faux ! L’agitation n’est pas de l’efficacité. Les études scientifiques sont sans équivoque : la neuroplasticité de notre cerveau est à son maximum lorsqu’on est concentré sur une activité qui nous inspire (d’où  « l’Inspired Focus »). 

3) Vous êtes un spécialiste des neurosciences, du développement personnel, de la psychologie, pouvez-vous nous partager une étude scientifique ayant eu un véritable impact sur vous ?

Une étude scientifique qui a profondément influencé ma compréhension des neurosciences et du développement personnel est une étude de Carol Dweck, qui est fascinée par le fait de comprendre pourquoi dans des circonstances similaires, certaines personnes persévèrent et d’autres abandonnent. 

Elle décide donc de mener une expérience : elle donne des problèmes de maths à des enfants, et elle créer 2 groupes qui suivent un programme pendant plusieurs semaines : 

  • Le 1er groupe est le groupe “compliment” : on leur répète « wow tu es très intelligent » même quand ils ont laissé certains problèmes trop complexes de côté.
  • Le 2ème groupe est le groupe “encouragement” : on dit « encore un petit effort ! » quand un élève veut abandonner un problème qu’il juge trop dur.

Ensuite, leur niveau est évalué via une évaluation finale :

  • Pour le 1er groupe, le groupe “compliment”, la performance est moins bonne, ils ont résolu moins de problèmes, les exercices les plus complexes sont laissés de côté.
  • Alors que pour le groupe “encouragement”, la performance est bien meilleure, ils ont résolu plus de problèmes, y compris les plus complexes.

La conclusion est la suivante : 

  • Quand on associe la réussite à l’intelligence, on pense que l’on ne peut pas changer les choses. On développe donc ce qu’on appelle un “fixed mindset”, qui mène à un abandon rapide.
  • Quand on associe la réussite à l’effort et au progrès, on développe un “growth mindset”, qui mène à la persévérance.

Il est donc important de développer un “growth mindset” et de comprendre que notre réussite ne dépend pas de notre intelligence mais de notre capacité à fournir des efforts et à persévérer.

4) Quand vous avez créé votre entreprise « Paradox », quels sont les challenges les plus importants auxquels vous avez dû faire face ?

Lorsque j’ai lancé « Paradox », le premier défi consistait à créer une offre qui apporte vraiment des changements profonds dans la vie de nos clients, ce qui est un challenge de taille. Donc on a mis une vraie obsession dans la qualité du produit et dans l’expertise dans les domaines du coaching, de la psychologie, et de la formation. Et c’est ce focus qui a fini par générer un bouche-à-oreille positif. 

Le deuxième challenge auquel on a fait face, c’était de sortir du lot, avec l’intention de ne pas simplement créer une audience, mais d’essayer de créer un mouvement. Inspiré par des marques comme « Apple », j’ai cherché à établir un ensemble de valeurs et de croyances autour de « Paradox », qui va au-delà du contenu, l’idée c’était de créer un sentiment d’appartenance et un langage commun. 

Ensuite, même si le contenu a toujours été une priorité, j’ai rapidement compris l’importance pour attirer des clients de savoir vendre. On ne peut pas espérer avoir une entreprise qui prospère simplement en offrant un bon produit, il faut aussi un bon marketing. Cela a donc été une troisième obsession majeure, car créer du contenu sans savoir le monétiser mène à la reconnaissance sans prospérité. J’ai démarré au début avec une petite équipe, je me suis donc formé moi-même au marketing, j’ai dû devenir un expert dans chaque domaine, ce qui demande beaucoup de temps.

Enfin, je dirais que l’authenticité a été un facteur clé. En partageant non seulement mes succès mais aussi mes échecs, j’ai pu créer une connexion sincère avec mon audience. Cela a contribué à l’édification d’une communauté engagée, soutenant les valeurs et la vision de « Paradox ».

Ces dernières années le défi est de créer la bonne équipe, nous sommes plus de 60 personnes, choisir les bons talents et créer les conditions pour que chaque personne à Paradox se sente bien et performe au mieux, c’est un véritable défi et une priorité de tout instant.

5) Dans bon nombre de vidéos, vous mettez en avance l’importance d’avoir un entourage sur mesure, pouvez-vous nous en dire davantage ?

Comme on l’entend souvent, « nous sommes la moyenne des personnes que nous côtoyons ». Pour moi, cela signifie s’entourer délibérément de personnes qui fixent des standards élevés et nous poussent à nous améliorer. Un principe que j’applique et que j’ai entendu Tim Ferriss évoquer, c’est l’idée de se retrouver régulièrement dans des situations où l’on se sent moins compétent ou moins expérimenté que les autres.

Cela peut sembler inconfortable, mais c’est essentiel pour notre croissance. Si, au cours de la semaine, vous ne vous trouvez jamais dans une pièce où vous vous sentez la personne la moins informée ou la moins compétente, cela signifie probablement que vous êtes constamment dans un rôle de leader ou d’enseignant, mais pas dans celui d’un apprenant.

Rencontrer des personnes plus compétentes ou plus expérimentées peut défier notre égo, mais c’est précisément ce que je recherche. C’est le seul moyen de vraiment s’élever, car c’est incroyable de voir à quel point nous pouvons être influencés et façonnés par ceux que nous fréquentons. S’entourer de personnes qui nous défient et nous inspirent est une manière efficace et essentielle de changer notre vie avec moins d’effort, en tirant parti de l’influence positive de notre réseau.

6) Souvent, vous parlez de relations amoureuses, selon-vous, quelles sont les clés d’une relation amoureuse durable ? 

Les gens pensent souvent que le but premier du couple, c’est d’être uniquement heureux. Mais c’est faux ! Le but premier du couple c’est d’arriver à aimer les parties de soi que l’on arrive pas à aimer, c’est d’arriver à grandir ensemble, en s’améliorant constamment.

Une autre clé fondamentale pour une relation durable est de ne pas demander à son partenaire de vivre une vie qui est en désaccord avec ce qui lui est vraiment  important. Si nous imposons à notre partenaire un mode de vie qui va à l’encontre de ses valeurs ou de ses désirs profonds, cela mène inévitablement à des frustrations. 

Il est crucial pour la santé d’une relation que chaque personne puisse s’épanouir et être heureuse en suivant son propre chemin. Lorsqu’on impose à l’autre une vie qui n’est pas la sienne, on crée une dette émotionnelle, et cette dette finira par être réclamée, souvent de manière douloureuse pour les deux parties concernées.

Il faut garder des attentes qui sont réalistes envers son partenaire. Il n’est pas juste de demander à l’autre de changer radicalement ou de vivre une vie qui est trop éloignée de sa véritable nature.

7) Vous conseillez des dirigeants reconnus, avez-vous une anecdote exclusive à nous raconter ?

Dans mes interventions, je souligne souvent la puissance du changement de perspective. Surtout face à une situation d’urgence. Récemment j’étais en coaching avec un entrepreneur qui était en plein milieu d’une crise financière pour sa boîte, il était au bord de la faillite. Mais il était tellement accablé de stress, que sa pensée logique en était paralysée. Je l’ai guidé vers un « reframing » de sa situation, pour essayer de voir son défi sous un autre angle, plus positif. Vous allez me dire “mais qu’est ce qu’il y a de positif dans une faillite” ? C’est exactement la question que je lui ai posée. Et après un temps de réflexion, il a réussi à voir ce moment non pas comme un obstacle mais comme une opportunité historique pour son entreprise. Inspiré, quelques jours plus tard, il s’est adressé à son équipe en disant : « Nous faisons face au plus grand défi de notre entreprise. Ensemble, nous allons marquer l’histoire de la société et faire de ce moment un symbole de notre capacité à surmonter l’impossible. »

8) Vous avez fait plusieurs TEDx, interviews, conférences, quelles sont les clés en termes de prise de parole en public ?

Bon nombre de personnes pensent qu’être bon à l’oral c’est avoir une bonne éloquence et faire des punchline au bon moment. Certes, il peut y avoir de cela, mais il y a plein d’autres facteurs qui rentrent en compte. Par exemple, la capacité à faire des silences au bon moment est une compétence très précieuse.

Il est également important de varier le ton et l’intonation que l’on a et de savoir varier la vitesse. Je pense également que le fait de répéter et de s’entraîner à l’oral peut véritablement nous faire progresser.

Souvent, quand je reprends les discours que construisent les équipes, je rajoute des questions toutes les 3 minutes. Ce sont des questions qu’on appelle des « micro-engagements » : « est-ce que cela a du sens, ce que je suis en train de vous dire? ».  Juste ça, ça fait passer votre audience de passive à active. Il faut aussi alterner des phases d’affirmation, donc des idées, et des phases de questions. 

On mesure ainsi la qualité d’un orateur non pas seulement par ce qu’il dit, mais en observant la salle et en voyant ces « oui » physiologiques, parce que le public est engagé par ses questions. Souvent, on fait l’erreur de ne pas engager suffisamment, même dans un texte écrit comme sur notre LinkedIn, par exemple.

9) Vous qui avez l’habitude de multiplier les projets, pouvez-vous nous dire quels sont les projets sur lesquels vous travaillez actuellement ?

Actuellement, je travaille sur plusieurs projets qui sont véritablement importants à mes yeux. Le premier c’est l’écriture de mon premier livre, je me concentre dessus de manière régulière car je souhaite écrire un livre qui aura un véritable impact et qui puisse aider beaucoup de personnes.

Le deuxième projet sur lequel je travaille, c’est le tournage d’un documentaire, cela me prend une partie très importante de mon temps, car quel que soit le projet, je fais toujours en sorte de donner mon maximum, j’ai pour objectif que ce documentaire ait un impact véritablement important.

Le troisième et dernier projet sur lequel je travaille, c’est le lancement de mon entreprise « Paradox » au niveau international, nous travaillons actuellement sur la conquête du marché anglophone, ce qui nécessite toute une adaptation, avec une façon de faire différente, avec un marché différent.

Je ferai tout mon possible pour faire de 2024 une année sur mesure, avec beaucoup de vidéos, de projets mis en place afin de toujours continuer à fournir un contenu de qualité à ma communauté.

10) Vous qui êtes un entrepreneur aguerri, quels conseils donneriez-vous à ceux qui se lancent dans l’entrepreneuriat ?

Je leur conseillerai avant tout d’aimer le processus et pas uniquement la récompense. Entreprendre dans un sujet qui nous passionne est crucial, car même si le projet échoue, l’aventure valait véritablement le coup.

Je pense qu’il faut avant tout avoir confiance dans le processus, avoir confiance dans le chemin et de tout mettre en place pour réaliser un projet qui nous anime, qui nous plaît véritablement. Il ne faut pas entreprendre juste pour entreprendre.

Après dix années dans l’entrepreneuriat, j’ai appris qu’être un leader, ça ne veut pas dire plaire à tout le monde, car la critique est inévitable : plus on prend des initiatives, plus on sort du rang et plus on va être critiqué, c’est indéniable.

Je rajouterais également qu’avant d’être suivi et applaudi, un leader est souvent une personne incomprise et c’est un bon signe. Il faut également apprendre à accepter la critique, car accepter la critique, c’est apprendre à s’aimer soi-même, à s’apprécier tel que l’on est véritablement.

Pour conclure, je dirais que notre leadership est proportionnel à notre capacité à digérer, apprendre et répondre à la critique. Un futur entrepreneur doit y être préparé, c’est essentiel de prendre en compte l’ensemble de ces mesures, afin de démarrer dans les bonnes conditions.