Juste une bouteille à la mer par Floriane Dubois.

Juste une bouteille à la mer par Floriane Dubois.

Un témoignage fort d’une lectrice-auteure, Floriane Dubois, à lire absolument. Chaque vision des choses est différente comme chaque expérience et chaque ressenti. La revue littéraire L’édredon, se fait un devoir d’en parler.

Ici, une autre vision de cette crise sanitaire et de ses conséquences qui aurait pu tout aussi bien paraitre dans le recueil « Stupeur et confinement », qui sortira en Juin et portera sur le sujet.  

Juste une bouteille à la mer.

« Juste une bouteille à la mer: quelle réaction auriez-vous si on vous apprenait que la personne avec qui vous venez de passer un an de votre vie, avait été frappé par le Covid?
Parce que oui, cela n’arrive pas qu’aux autres !
L’homme que j’aimais, que vous connaissez ou croyez connaître, a dévoilé son vrai visage et s’est avéré aussi cruel qu’un monstre…

Et bien voilà mon histoire, son histoire!

Je sais qu’il continuera de vivre sa vie en n’en faisant qu’à sa tête, sans respecter le confinement et en mettant en danger la vie des gens qu’il aime et qui l’entourent, mais je me devais de vous prévenir.
Le Covid ne se limite pas à une simple grosse grippe avec une toux, une gêne respiratoire, on ne le lit pas sur le visage des gens…

Pour ma part ce fut de la fièvre, des vomissements à répétition, une diarrhée aiguë et des éruptions cutanées, alors que je respectais plus que jamais les précautions, les gestes barrières en tout genre, que je me privais de sortir voir mes amis…

A qui donc la faute ?

Peut-être à celui qui continue de vivre sa vie comme si de rien n’était, à inviter ses amis à boire l’apéro à la maison, pendant que vous agonisez dans la pièce d’à côté ?!

Parce que ses mots ont trop longtemps étaient des armes de destruction massive avant d’en venir aux mains, je me devais d’écrire pour survivre à ce naufrage.

Mais qui est-ce ?

C’est celui à qui vous faites tout : les courses, le ménage, l’éducation de sa fille, que vous maternez, jusqu’à lui écrire ses lettres de motivation pour un poste d’employé communal ou encore d’agent d’accueil du parc national, et qui parvient à vous faire croire que vous ne valez rien.

C’est celui qui ne sera jamais content et vous portera responsable de ses vieux démons. Alors que la pépite que vous êtes (comme il aimait à le dire) faisait apparaître les choses dès qu’il les imaginait, se pliait en quatre pour les surprendre, lui et sa fille, un peu plus chaque jour.

C’est celui, qui est capable de tenir un discours pareil à la femme qu’il prétendait aimer : « Je t’ai fait revenir juste dans l’optique de te baiser, après tout, je ne suis qu’un homme?! » Je doute qu’il aspire à ce que sa fille rencontre un monstre, comme lui, plus tard.

Je doute également que l’on puisse parler à sa femme comme l’on parlerait à ses enfants : “Si tu n’es pas contente, tu vas te coucher !” Mais tout ça n’est rien, il a été capable de bien pire !

Il a fallu qu’il m’abandonne quand le verdict est tombé. Tout ne se passe malheureusement pas aussi bien que dans les films. Si seulement, il avait pu être aussi courageux! La lâcheté humaine n’a pas fini de nous surprendre.

L’idée qu’il arrive quelque chose à sa fille m’était insupportable. Et pourtant si son propre père ne l’a protège pas, qui le fera ?

Une prison dans une prison ! C’est pourquoi, dès les premiers symptômes, j’ai décidé de me confiner dans la chambre et de ne plus en sortir. Trois jours sans manger, trois nuits sans dormir, sans qu’il ne se soucie de ce qu’il se passait. J’aurai pu mourir devant ses yeux sans qu’il ne bouge le petit doigt ! J’ai appelé au secours mais il n’a pas répondu, il m’a ignoré, méprisé, comme à son habitude, ne répondant qu’à ses propres envies ou pulsions. J’ai tremblé devant lui, j’ai hyperventilé, suscitant des ricanements et de la fuite ! Pour le coup, c’était presque une question de vie ou de mort !
C’est aussi celui qui vous demande d’aller attendre le SAMU, dehors, sous la pluie, au bout de la rue, pour quelles raisons?!

Personne ne le saura…

C’est celui qui, d’une pulsion vous mettra brutalement, à la porte, alors que vous aviez longuement réfléchi à deux, afin de finir le confinement ensemble, pour se soutenir, se tirer vers le haut. Alors que vous êtes épuisée physiquement, psychiquement avec une tension si faible à en faire pâlir les morts, avec une fièvre comparable à de l’eau qui boue, avec le ventre vide et bleu. C’est celui qui vous laissera ainsi prendre la route pour plus d’une heure de trajet, au risque de vous faire verbaliser.

Comme vous, je lui ai fait confiance, je lui aurais même donné le bon dieu sans confession avec sa tête d’ange mais méfiez-vous des apparences. Je ne saurai vous rappeler qu’elles sont bien trop souvent trompeuses.

Je sors enfin la tête de l’eau, après avoir traversé les quinze jours les plus horribles de ma vie. Je ne souhaite à personne de vivre ce que j’ai vécu, même pas, à la plus grosse des ordures.

Aujourd’hui, il a fait des miettes de sa pépite et plus rien ne sera jamais comme avant.

Le confinement m’aura donné une belle leçon de vie !
Combien de temps cela aurait-il pu encore duré ?

Des heures, des jours, des semaines, des mois, voire des années ! Qui pourrait supporter ça ? C’est un combat contre un adversaire, que les autres croient invisible, et c’est ce qui le rend si invincible. Voici le récit de mes derniers jours passés à ses côtés, ils étaient, de loin, les plus horribles que j’ai eu à traverser, j’ai réellement cru mourir de douleur et/ou de chagrin.

Finalement, il n’aura même pas daigné prendre de mes nouvelles après tout ça, se contentant d’harceler mes parents pour savoir si le verdict, si ce que je lui avais appris était, bien vrai ! Malheureusement oui ! Quelle honte !

J’espère, sincèrement, que je suis guérie et enfin sortie de son emprise et que tout ça n’est qu’un horrible cauchemar que je laisse derrière moi.
Finalement, si le Covid ne nous tue pas, quelqu’un d’autre peut s’en charger, mais ne nous laissons pas faire !

En ces temps où le monde entier est à un tournant de l’histoire, et où chacun espère secrètement que les mentalités évoluent favorablement, une minorité continue son petit bout de chemin, centrée sur eux-mêmes agissant par pur égoïsme ou individualisme, ne respectant rien ni personne ! Je ne remercierai jamais assez les gens qui m’ont tendu la main et m’ont sauvé.
Méfions-nous, derrière chaque ange, peut se cacher un monstre… »