La présence d’autrui fait-elle disparaître ma solitude ? Par tiffany ducloy.

La présence d’autrui fait-elle disparaître ma solitude ? Par tiffany ducloy.

La présence d’autrui fait-elle disparaître ma solitude ?

On croit, à tort et à raison que la solitude est l’état de quelqu’un qui est seul, un individu engagé dans aucun rapport avec autrui. Et si la solitude allait plus loin que ça ?
Pour beaucoup de monde, la solitude est angoissante. On cherche à la fuir à tout prix. « La solitude, on croit en jouir pleinement. Et puis, à la longue, on déchante. On se rend compte qu’à nouveau, on a envie d’affection, de partage. » Cependant, la solitude ne me rend pas étranger aux autres. La question d’autrui est avant tout une question morale. On est donc amené à se demander si la présence d’autrui fait disparaître ma solitude.

 

D’un point de vue physique, le fait de n’être entouré de personne nous rend seul. L’homme seul cherchera à communiquer avec autrui afin de pallier à cette solitude. Il y a cependant un risque : il ne faut pas utiliser autrui comme un objet pour remplir ce manque.

Pour Marcel Mauss, la société repose sur trois principes obligatoires : donner, recevoir et le contre don. Ces trois principes fondamentaux permettent un échange, un partage et donc une relation avec autrui. Ces relations ne sont pas toutes identiques, elles sont plus ou moins intenses selon notre rapport avec la personne. Pour éviter d’être seul, on cherche donc à s’entourer de monde en allant au cinéma par exemple. Certains feraient n’importe qui pour sortir de leur solitude. Certains adoptent un animal pour combler leur solitude, se rassurer, avoir une présence, avoir de l’attention. C’est une attitude commune aux personnes âgées : un animal de compagnie les aide parce que cela leur permet de se raccrocher à quelque chose, d’avoir quelque chose à faire, d’avoir quelqu’un qui a encore besoin d’eux. Le problème des animaux est qu’ils permettent une présence qui nous rend moins seul, mais il n’y a pas de communication orale possible, car la parole est un instrument humain. Bien sûr, on peut parler à son animal, mais je ne suis pas sûre que vous compreniez sa réponse.

Pour vaincre la solitude, il faut faire l’effort d’aller vers autrui. Pour cela, nous avons plusieurs façons, plusieurs moyens de communiquer avec lui. Premièrement, la rencontre avec autrui passe d’abord par le regard : autrui est un regard avant d’être une personne. Se sentir regardé est déjà ne plus être seul car autrui me voit et je vois autrui. Deuxièmement, le langage est la capacité universelle partagée par tous les êtres humains et permet d’échanger des pensées, des sentiments voire même de banales banalités (pourvu qu’on parle le même langage). Troisièmement, l’art et la littérature apparaissent aussi comme des moyens de se rapprocher d’autrui : on fait passer un message à travers une œuvre. Même s’il est seul sur scène, le comédien joue toujours pour le spectateur qui le regarde dans un but de partage et d’échange.

Le risque de cela est d’utiliser autrui comme un objet pour fuir sa solitude. Il y a une rivalité constante entre les hommes. C’est d’ailleurs le problème du contre don : il installe une rivalité de don jusqu’à ce que l’autre ne puisse plus rendre. Il se joue le désir de se faire reconnaître par autrui afin qu’il valide nos actions, nos décisions, nos goûts. Ainsi, il est facile de se faire manipuler et influencer par le regard d’autrui parce qu’on cherche à plaire, parfois inconsciemment, pour ne pas être délaissé par la société et se retrouver tout seul. On devient nous-mêmes objets sous le regard d’autrui en ceci qu’on pense à nous comme une chose plutôt que comme quelqu’un donc on n’existe plus vraiment en tant qu’être humain. On attribue à autrui la pensée qu’il a de nous.

La présence d’autrui et l’échange avec autrui fait disparaître notre solitude, cependant attention, en essayant de fuir la solitude, autrui peut devenir objet autant que je peux devenir mon propre objet.

 

La présence d’autrui ne fait pas forcément disparaître ma solitude parce qu’il est possible de se sentir seul même en présence d’autrui. Comment surmonter cela ? Est-il vraiment possible d’être seul alors que nous pensons constamment à quelqu’un ou quelque chose ? Penser à autrui ne permet-il pas d’avoir une approche plus humaine du monde ?

to be continued…