La présence d’autrui fait-elle disparaître ma solitude ? Par Tiffany Ducloy.

La présence d’autrui fait-elle disparaître ma solitude ? Par Tiffany Ducloy.

La présence d’autrui fait-elle disparaître ma solitude ?

 

La présence d’autrui ne fait pas forcément disparaître ma solitude parce qu’il est possible de se sentir seul même en présence d’autrui. Comment surmonter cela ? Est-il vraiment possible d’être seul alors que nous pensons constamment à quelqu’un ou quelque chose ? Penser à autrui ne permet-il pas d’avoir une approche plus humaine du monde ?
Il est possible de se sentir seul en présence d’autrui principalement quand on est triste, nostalgique et qu’on pense à autre chose. C’est souvent ce qu’il se passe lors d’une rupture amoureuse, aucune présence ne parvient à combler le manque créé par la perte de l’être aimé. Souvent, on se sent incompris, alors on se renferme sur soi-même et on refuse volontairement toute relation avec autrui et on laisse le champ libre au solipsisme : « peut-être que je suis seul au monde. » On se sent seul aussi quand on ne partage pas les mêmes idées, les mêmes convictions qu’autrui. Malgré la discussion et l’échange, la solitude naît de ce qu’on a une opinion différente. On rencontre aussi des personnes entêtées qui refusent d’écouter les autres, ces personnes nous font nous sentir à l’écart, rejeté et donc seul. On peut aussi parler de l’expérience de la maladie qui renforce la solitude. En effet, lorsqu’on est malade, nos proches nous soutiennent, mais cela n’empêche pas de se sentir seul dans le combat contre la maladie parce que quoi qu’il arrive on est seul à vivre cette difficulté et à la supporter. Prenons récemment l’exemple du COVID 19, combien de personne malade ou de personnes à haut risque on été mises physiquement en quarantaine ? Sénèque est de bon conseil dans cette situation : « commence déjà à être l’ami de toi-même et tu seras plus jamais seul. » Être son propre ami permet d’avoir une constante relation et de ne pas se morfondre dans la solitude, il faut se considérer comme quelqu’un à part entière. On peut constater que c’est plus isolant parfois de se retrouver en présence de personnes inconnues, comme par exemple dans le métro où on est un peu mal à l’aise face à cette multitude de personnes. L’exemple du métro montre que la présence d’autrui peut renforcer notre solitude.

Autrui est constamment présent dans nos pensées, alors est-il possible de faire l’expérience de la solitude ? C’est très difficile, car autrui est partout, autrui nous entoure. Worms explique qu’on pense toujours à quelqu’un et Rousseau distingue penser à quelque chose de penser à quelqu’un. Une chose peut être utile ou nuisible, on la poursuit ou bien, on la fuit. En revanche, quelqu’un est un être vivant avec lequel peut s’installer une relation de haine ou d’amour. Pour être véritablement seul, il faudrait vivre en reclus de toute civilisation, sans médias ni intrusions de la vie en société (télévision, téléphone portable, œuvre d’art, musique, radio, livre, magasine, ordinateur, GPS) et surtout ne rien penser. Comment faire pour ne penser à rien ni personne ? La solitude apparaît comme un état d’âme plutôt qu’un état physique. Henri Thomas écrit dans Les heures lentes : « La solitude, c’est pour penser aux autres. Je n’ai jamais tant pensé aux autres que quand j’étais seul. Alors peut-on appeler cela de la solitude ? » Donc, lorsqu’on est seul, on pense. Mais cela nous empêche-t-il vraiment de nous sentir seuls ou isolés ? Il semble que la pensée d’autrui ne remplace pas sa présence physique.

Il est facile de se tenir au milieu de la foule, entouré des gens, mais il est bien plus difficile de rester seul. Pour un bon équilibre, il faut de la compagnie, mais également de la solitude. Quand je suis face à autrui, je suis comme séparé de mon monde, notre rapport au monde est fragile, car chacun en a une vision différente et autrui m’ouvre sur un autre monde que le mien. Ici, autrui représente l’infini. Penser à autrui permet d’être plus humain parce qu’on éprouve des sentiments : compassion, pitié, amour, haine, désolation… Il nous permet de voir plus loin que nous-mêmes et de ne pas nous focaliser sur nos pensées, car lorsqu’on pense trop, on finit par se rendre malheureux.

Autrui est constamment présent dans nos pensées, mais cela ne nous empêche pas d’éprouver de la solitude notamment lorsqu’on se sent incompris ou lorsqu’on est triste. Finalement, il est difficile d’être vraiment seul, la solitude est plus un état d’esprit qu’un état physique.