La présence d’autrui fait-elle disparaître ma solitude ? Par Tiffany Ducloy.

La présence d’autrui fait-elle disparaître ma solitude ? Par Tiffany Ducloy.

La présence d’autrui fait-elle disparaître ma solitude ?

 

La solitude peut être ressentie aussi bien mentalement que physiquement, mais est-elle une si mauvaise chose ? Être seul, c’est comme la liberté : c’est effrayant. On cherche à fuir cette solitude, mais pour se consoler, on se dit souvent qu’ « il vaut mieux être seul que mal accompagné. » Cependant, c’est lorsqu’on est seul qu’on partage des moments intimes et personnels avec soi-même parce qu’on se reconcentre sur soi alors cela permet un enrichissement personnel.

Notre liberté nous angoisse ce qui engendre en nous le désir secret d’être entouré d’objets et non de sujets libres. La solitude est un concept similaire. Elle peut être un enfer pour ceux qui essaient d’en sortir : ces personnes sont prêtes à tout pour avoir une relation avec autrui et c’est justement là que peut survenir le risque de faire d’autrui un objet. Pour Balzac, « la solitude est la souffrance multipliée à l’infini. » Donc elle apparaît comme un fardeau, une punition. Beaucoup de gens voient la solitude comme un esseulement, un désespoir parce que se retrouver seul avec soi fait peur. La rupture amoureuse est terrifiante parce qu’on a peur de se retrouver seul, on dit d’ailleurs « une de perdue dix de retrouver » parce qu’on veut se convaincre qu’on retrouvera une vraie relation avec autrui et qu’on ne restera pas seul. Il arrive même qu’on préfère être malheureux et accompagné plutôt que malheureux et seul.

Il nous arrive d’aimer nous retrouver seul, principalement quand on est triste. On refuse délibérément la compagnie d’autrui parce qu’on éprouve le besoin d’être seul. Personne n’aime pleurer en présence d’autrui. La plupart des personnes n’aiment pas montrer leurs larmes parce que la société nous dit que « pleurer, c’est être faible et vulnérable. » En revanche, certains aiment tant la solitude que l’existence d’autrui est scandaleuse pour eux : autrui est souvent trop présent pour ceux qui aspirent à être seuls. On aime la solitude parce que c’est reposant, il n’y a pas de bruits extérieurs, pas d’agitation autour de nous, simplement soi et sa conscience. Il n’y a plus la rivalité avec autrui et le désir physique de plaire.

La solitude permet alors de se recentrer sur soi-même. Elle n’est donc pas à craindre, car elle permet de se retrouver avec soi-même et de se retrouver soi-même parce qu’on peut se sentir perdu en présence d’autrui. On a du mal à croire à cela et on se dit régulièrement qu’ « il vaut mieux être seul que mal accompagné » ou que « la solitude vaut mieux que la mauvaise compagnie. » Parfois, on a du mal à abandonner une relation de peur d’être seul alors que la solitude n’est pas synonyme de souffrance ! Bien au contraire, la solitude est propice aux révélations de l’esprit : « c’est cela la vraie solitude : se retrouver seul et apprendre à s’estimer, avancer dans le vide sans autres encouragements, sans autres applaudissements que ceux que l’on s’accorde dans le silence effroyable de tête-à-tête de l’âme. » La solitude permet d’apprendre à se faire confiance avant de faire confiance aux autres, on apprend à s’aimer (ou se détester) soi-même avant d’aimer (ou de détester) autrui. Si on aborde autrui en se connaissant soi-même alors on n’utilisera pas autrui pour mieux se connaître ainsi, autrui ne palliera à aucune solitude, j’irai vers lui en tant qu’être à part entière. La solitude n’est donc pas une mauvaise chose, elle n’est pas à voir comme un bannissement, mais plutôt comme une chance, au sens d’une chose dont il faut profiter. Celui qui rejette la solitude risque de devenir immoral en ceci qu’il est prêt à tout pour être en présence d’autrui. Pour être équilibré, il faut à la fois de la compagnie pour voir au-delà de soi, mais aussi de la solitude pour voir à l’intérieur de soi.

Pour conclure, la question de la présence d’autrui pose également la question de l’importance de nos relations. Il est possible de se sentir seul parce qu’on est physiquement seul : il n’y a personne autour de nous. Mais on peut aussi se sentir seul d’un point de vue mental ; c’est-à-dire que la présence d’autrui ne fait pas disparaître ma solitude parce que nous n’avons besoin, en réalité, que d’une seule relation vraie et non d’une foule d’inconnus. Il faut aussi remarquer que tout être humain connaît un jour l’expérience de la solitude et il en sort grandi, car cela permet une remise en question même si elle fait peur, la solitude est bonne, car elle permet une réflexion sur soi-même. Toutefois, il nous est impossible d’être véritablement seul car « la solitude est une patrie peuplée du souvenir des autres », Sylvain Tesson.