La vie en face

La vie en face

Hello!

À l’approche de la publication de mon 1er roman (courant septembre) chez JDH éditions, voici un extrait, afin de vous mettre le mot à la bouche (et sous les yeux 👀). N’hésitez pas à commenter et à partager autour de vous.
#rentreelitteraire2020
#JDH

Pour toute demande d’informations et commandes: amandinelebreton@orange.fr ou MP 🙏😊

Mon cœur bondit dans ma poitrine lorsque Mr Farès, mon professeur de français, nous apprend la triste nouvelle.
Il dit : « C’est terrible. Nous venons à l’instant d’apprendre que six de vos camarades ont péri dans un crash cette nuit, à Barcelone ».
Je regarde les lèvres de mon prof remuer. Elles expriment l’horreur dans sa cruelle nudité, presque dans une banalité que les mots ne parviennent pas à retranscrire tout à fait.

Aussitôt, le regard peiné de mon prof croise le mien. Calée sur ma chaise, je manque d’air. Je suffoque.
Dans la classe, pas un bruit ni même un souffle. Pas même un soupir las de Zach, l’élément perturbateur, pseudo rebelle – et fort sympathique au demeurant –, dont le passe-temps favori est d’agacer les professeurs. Pas même ça. Rien. On peut entendre une mouche voler – et encore.

Assise au milieu des seize élèves restants, j’entends mon prof débiter les mots sans parvenir à les comprendre. Impossible.
Je fixe l’horloge murale. Neuf heures vingt-deux.
Je devrais hurler, manifester un signe d’abandon, mais rien ne vient. Même le cri que je cherche à expulser est coincé dans ma gorge. Je ressasse l’information qui vient de nous être donnée : six de nos camarades seraient morts dans un accident d’avion, et parmi eux Jenny, ma meilleure amie de toujours. C’est ridicule. Grotesque. Jenny ne peut pas être morte. Pas déjà. Pas comme ça. Du reste, elle m’a envoyé un SMS peu avant 20h, la veille, m’assurant que son vol s’apprêtait à décoller en direction de Barcelone. Vous voyez ? C’est impossible, je vous dis.

Je sens la main de Logan, mon voisin de table – et mon petit ami depuis un an – me caresser le dos tandis que je sanglote en silence. Bien que je ne le vois pas, je sens son regard doux et bienveillant se poser sur moi.
Mr Farès, quant à lui, lève des yeux plein de compassion dans ma direction. Le silence est pesant, frustrant. Presque aussi insurmontable que la nouvelle elle-même.
Plusieurs paires d’yeux se posent sur ma personne.
Quoi ? Qu’ont-ils tous à me regarder comme ça ?

– Mademoiselle Amal, murmure mon prof en s’approchant de moi. Vous êtes toute pâle. Voulez-vous sortir prendre un peu l’air, ou bien aller à l’infirmerie ?
– Je peux t’accompagner si tu veux, propose Logan, sans cesser de me caresser les cheveux et le dos.
D’un coup d’œil au prof, Logan obtient son assentiment.

Tandis que mon petit ami m’aide à me lever, une main enserrant mon bras et une autre posée sur mon dos pour m’éviter de flancher – mes jambes flageolent, je suis au bord de l’évanouissement –, j’entends déjà quelques commentaires fuser derrière moi – j’ignore si Jenny est réellement morte, mais Louna la peste, elle, est hélas bien vivante.

– Je… J’aimerais rentrer chez moi, s’il vous plaît, monsieur, je bafouille.
– Je comprends, soupire Mr Farès, nullement surpris. (Dans un effort surhumain, je parviens à river mes yeux aux siens). Demain, c’est vendredi. Restez chez vous pour le week end. Quelqu’un vous aidera à rattraper vos cours.
Il consulte Logan du regard, et je devine qu’il y consent volontiers – j’ai beaucoup de chance de pouvoir compter sur lui, je le sais.

– Ça va aller ? s’enquiert mon prof, visiblement inquiet pour moi.
Je hoche mollement la tête en guise de réponse. Comment ça pourrait aller ?

Après m’avoir aidé à rassembler mes affaires, Logan presse doucement ma main et m’adresse un regard compatissant. Il se lève, obtient l’autorisation silencieuse du prof de me raccompagner jusqu’au portail.
Sans un regard pour la classe, je lui emboîte le pas.

De l’autre côté de la porte, j’entends Mr Farès demander le silence d’une voix ferme et claire.
Dans le couloir, je suffoque. Je manque d’air. Je craque. Aussitôt, Logan m’attire dans ses bras :

– Viens là, ma puce, souffle-t-il, l’air compatissant. Je suis sincèrement désolé.
Tandis qu’il m’étreint chaleureusement, j’ai une pensée pour Jenny – la cause de mon chagrin. À partir de ce moment, je sais avec certitude que plus rien n’ira jamais bien.

 

Amandine LEBRETON.