L’âne reste le même, c’est la selle qui change. Par Mélanie Talcott.

C’est un malheur du temps que les fous guident les aveugles
Shakespeare.
Voilà que moi, la gueuse subissante et bête à bouffer du foin, j’avais deviné, supputé, compris que les Talibans allaient réoccuper rapidement l’Afghanistan après le départ des troupes américaines.
Que dire donc de mon effarement halluciné devant la surprise de nombre de chefs d’Etat du monde entier qui malgré leurs services secrets tout terrain, sont tombés sur le cul à découvrir cette douloureuse réalité. Refrain repris par le chœur de désinformés journalistiques qui occupent 24/h24 l’espace public médiatique.
Ils n’avaient rien vu venir, dis donc !
Pas même les Chinois qui lorgnent depuis des mois sur le lithium afghan (entre autres) et se déclarent déjà prêts à faire ami-ami avec les akbarés.
Pas même les Pakistanais et bien d’autres venus du monde entier combattre avec les troupes talibanes.
Pas même le pognon de dingue – des milliards – que l’Europe a donné pour rien à l’Afghanistan, sauf pour y ventiler la corruption.
Pas même les morts, militaires et civils, qui ont payé au prix de leur vie, une liberté fantoche indexée sur des intérêts jamais nommés.
Devant cet imprévisible si prévisible, Joe Biden s’est planqué aussi vite que le président afghan a mis les voiles. Diable, vers quel pays d’accueil ? On l’ignore encore.
Non, tous ces politiques, toutes ces élites emmédaillées d’arrogance et de cynisme n’avaient rien anticipé. Ni même compris, l’expérience aidant avec d’autres pays, que la démocratie n’avait aucune chance de s’enraciner là où règnent depuis des siècles des guerres tribales. A moins qu’ils aient laissé faire, parce que le but recherché est ailleurs.
Et voilà que notre président, notre bon chef de guerre épouvantail, va nous causer dans le poste pour nous expliquer de quoi il retourne ! Fait exceptionnel celui de partager une actualité brûlante, comme on dit, avec ce peuple français qu’il voue habituellement aux gémonies, si l’on pense son attitude avec le Liban où il ne s’est pas fendu de la moindre diatribe à ce sujet.
Il se félicitera tout d’abord de son excellence réactive pour avoir fait évacuer tous les ressortissants français. Il nous dira ensuite que l’heure est grave. Que face à l’obscurantisme, le pays des Lumières est là, que l’on est aux côtés de l’Afghanistan envers et contre tout – les mots sont faciles – , de ses femmes, de ses enfants et de ses hommes qu’on a pourtant abandonnés.
Il nous expliquera peut-être qu’une autre vague est en train de se former : celle des réfugiés afghans, que l’heure est à la solidarité sans pass sanitaire, mais si vaccination pour tout le monde, mesure sanitaire oblige, au cas où…. Et les polémiques gonfleront comme des baudruches.
Peut-être nous mettra-t-il aussi en garde, mais cela m’étonnerait – pas folle la guêpe :
– « Blindez-vous les gars, on risque d’assister à une recrudescence d’attentats . Mais ne vous inquiétez pas, je serai à vos côtés et veillerai sur vous » Une super opportunité d’installer ce qu’il attend depuis des mois, une petite loi martiale en bonne et due forme. Tout le monde chez soi, le virus sera bien gardé et les revendications sociales en résidence surveillée ! C’est ce que l’on appelle proverbialement « faire d’une pierre deux coups ».
Peut-être nous confiera-t-il :
– « Nous allons aussi, mais il est encore trop tôt pour le dire, devoir envisager une coalition européenne pour défendre la population afghane contre la barbarie talibane, stabiliser le pays et nos relations avec eux. »
Mais, il y a fort à parier que cette générosité d’apparat se dissimule dans le business capitalistique mondialisé !
Enfin bref, il nous servira la soupe pimpante habituelle, entre air de circonstance, phrases elliptiques et mouvements de mains.
Filet bien tendu, filet à nœuds coulants. Alors tous en terrasse ?
 Comme dit ce proverbe afghan : « l’âne reste le même, c’est la selle qui change. »