Le corps de la femme, Poéme envoyé par Lorraine Lapointe.

Le corps de la femme, Poéme envoyé par Lorraine Lapointe.

 

Devant ce corps devenu caricature

de ce qu’il était

lentement de sa main tremblante

Blanche se dévêt

son ventre de jeune fille

autrefois bombé

maintenant couvert de vergetures

et de lignes étrangères

ses cuisses autrefois juste grasses

se lamentent de lambeaux de chair

superflus

ses seins gorgés de lait pour ses enfants

sont aujourd’hui une longue continuité

descendant vers cette nouvelle taille

trop épaissie

ses hanches déjà larges pour l’enfantement

ont pris l’allure d’un paquebot gigantesque

ses pieds déformés par tant de pas dans la nuit

pour répondre à l’appel des uns et des autres

se chaussent de sandales démodées

son nombril devenu un puits profond

si on s’y plongeait

on ne reviendrait pas ce cet abîme

elle ne se regarde plus dans le miroir

mais s’imagine

ses mains couvertes de taches

de vieillesse

ses doigts un peu enflés

qui ont tricoté tant bien que mal

toutes les mailles de sa vie

en échappant quelques-unes

pour survivre

et ses poignets toujours aussi fins

malgré qu’ils aient porté

tant de chagrins

son cou un peu grossi

toujours droit

son dos parfois courbé

par la détresse

tient le chemin

tous ses organes à la retraite

depuis de longues années

cachés sous des sous-vêtements

jaunis

et son visage

oui son visage

qui malgré les années

n’a pas perdu une once

de tendresse

et ses yeux

oui ses yeux

où on y lit toujours

l’amour

c’est Blanche

à tous les temps