Morituri te salutant….

Les guerres d’hier furent d’exploration et de conquêtes, de croisades et de religions, d’idéologies conjuguant les ismes comme une raison d’Etat, colonialisme, nazisme, marxisme, maoïsme et de pathétique souveraineté du style touche pas à mes îles. Elles furent d’extermination ou d’anéantissement, ce dernier inauguré par le thermonucléaire. Elles furent qualifiées de classiques, tribales, civiles, révolutionnaires, d’indépendance ou anarchiques, voire dites fleuries, toutes balançant entre l’obligatoire, comme celles de défense ou le discrétionnaire, telles les expansionnistes. Elles furent d’usure, récurrentes ou expéditives. Elles durèrent cent, trente, quinze, cinq ans ou six jours et se conjuguèrent à tous les temps. Mais ça, comme nous le sermonne la pub pour nous habiller de regards flashy, ça c’était avant. Le paradigme de la guerre a changé. Il se doit aujourd’hui d’être éthique.

Gaz, gaz… hurlaient les Poilus dans les tranchées. Virus, virus… vocifèrent aujourd’hui nos politiques encravatés. Mais ironie du vocabulaire, si les premiers crevaient salement de ses effets chimiques, les seconds en font leur slogan sanitaire et moraliste de va-t-en-guerre. A l’ère des transgéniques, la mort se doit aussi d’être consommable. Être coupé en deux par une rafale de Kalachnikov, qui se maintient toujours au premier rang du hit parade des fusils d’assaut, à tel point que le fameux PK est devenu une arme de proximité, être démembré par une mine, éparpillé en milliers de lambeaux de chair par un missile intelligent, réduit en bouillie par une bombe, cramé par celles au phosphore, cancérisé, muté et stérilisé par celles à uranium, être égorgé, torturé, violé, affamé, déplacé… relève de la normalité belliqueuse. Hier, tuer pour civiliser. Aujourd’hui, tuer pour protéger. Tous ces cadavres anonymes ne sont après tout que le tribut versé au commerce étatique des armes. Des balles, des bombes, des mine, des drones et des armes biologiques contre des êtres humains. Leur sang cotise à l’économie mondiale et à l’ouverture de marchés juteux. Entre pillage des ressources, leur redistribution en coupe réglée aux vainqueurs, la désintégration de tous ces pays qui bâtirent hier nos empires coloniaux et leur démantèlement programmé planqué derrière la bannière étoilée de l’adage latin : si vis pacem, para bellum – si tu veux la paix, prépare la guerre – se dissimule la nécessité vitale expansionniste d’un capitalisme métastasé : détruire pour reconstruire, sans jamais cesser de remettre la Camarde à l’ouvrage. Guerres civiles, invasions, famines planifiées, terrorisme et attentats. Des millions de soldats « tombés au champ d’honneur », des millions de civils rayés du monde des vivants durant les guerres du vingtième, auxquels s’ajoutent quotidiennement les victimes des conflits qui ensanglantent encore une bonne partie du globe. Tous ces morts, ces déplacés, ces affamés chroniques, ces corps cassés et aujourd’hui ces blessés de la science participent au cynisme de la violence d’Etat, à l’opulence scandaleuse des lobbies et à la maintenance de notre pouvoir d’achat. Ils en sont la menue monnaie, les pièces jaunes de notre confort. De la mitraille au fond de nos fosses communes et collectives. Les flammes étouffées des victimes inconnues, drapées dans les drapeaux de nos repentancess mémorielles. Des vies brisées, déplacées, réfugiées dans des pays limitrophes ou mal accueillies dans d’autres plus lointains. Des dommages collatéraux, dit-on dans les pinces-fesses militaro-diplomatiques. Mais que surgissent des armes illicites, voire de fabrication artisanale, et nos gouvernants, ceux-là même qui fabriquent et vendent à gogo des armes de destruction massive, se dressent comme des coqs en colère sur leurs ergots. Il leur faut défendre leurs poulaillers.

La mort se fait soudain inacceptable. Elle ne s’habille plus en Prada étatique. Elle se fout à poil et nous présente ses trophées cliniques. Des hommes, des femmes et des enfants qui semblent dormir. La rumeur se propage, s’enfle. Le mot est lâché, arme chimique ou biologique… Oubliées nos armes propres qui refont une santé à la guerre par des frappes aériennes chirurgicales et ciblées où l’on verrouille le ciel tandis que les salauds d’en face pilonnent lâchement leurs populations civiles. Absoutes nos armes qui lavent plus Blanc que blanc et nos fourbissements belliqueux qui ne font plus la guerre pour faire la guerre, mais répondent à des interventions militaires ponctuelles ou à des opérations humanitaires pour protéger la population civile. Les journalistes embarqués, embedded comme dit le jargon militaire américain, frétillent de la plume et se font les porte-parole médiatiques, quand non les collaborateurs d’une désinformation savamment orchestrée. Ils ne mentent pas, ils spolient la vérité. Aujourd’hui, les violonades de l’insécurité montent au créneau, la peur lovée dans l’étendard d’un virus. Les questions qui fâchent, n’ébranlent ni le dogmatisme honteux des gouvernants et encore moins frémir les salles de rédaction aux ordres. Ou alors a posteriori, quand la soupe est froide et que l’opinion publique blasée de lassitude, retourne gentiment à ses oignons. Pourtant des questions qui fâchent, il y en a de plus en plus, malgré le fait que leurs réponses soient souvent balayées d’une pichenaude politicienne. Actuellement, l’état lamentable de l’humanité stigmatise assez bien cette déplorable situation.

Aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain…. Morituri te salutant