Pasteur, ce héros ? Par Mélanie Talcott.

Extrait d’un livre sur les vaccins, quelques quatre ans de travail, jamais publié (pas politiquement correct!). Ecrit sous une forme (de conte « fantastique », plus ou moins) qui permette à tout un chacun de comprendre de quoi il retourne. Dans la première partie, notions de biologie qui explique qu’est-ce qu’un cellule, un microbe, le système immunitaire, etc… Dans cet extrait, il s’agit ld’un dialogue entre le héros Miguel, un adolescent, et un scientifique, Antoine Béchamp qui était à Pasteur, ce que le professeur Raoult est aux scientifiques coachés par l’ambition et les Big Pharma. Antoine Béchamp recherchait alors comment prévenir les maladies qui décimaient les vers à soie et faisaient que les magnaneries fermaient les une après les autres…

Nota : les notes étant parfois assez longues, elles ne figureront pas en bas de texte.

…….

Généralement, les vers à soie peuvent souffrir deux maladies. L’une est la « pébrine » et l’autre la « flacherie ». Si j’arrive à trouver quel est l’agent causal respectif de ces deux maladies, on pourrait alors envisager une solution thérapeutique adéquate. Selon moi, le responsable est un parasite qui contamine le ver à soie. Mais le savoir n’est pas suffisant pour décider quel est le remède adéquat., ajouta avec amabilité le petit homme.

Et pourquoi pas ? répliqua Miguel.

Parce que, « parfois la science nourrit plus le politique et le trafic d’influences que la connaissance. Elle choisit le chemin de l’obscurantisme et celle de servir les ambitions nationales, individuelles et commerciales en son propre détriment, bien que cela puisse la conduire, durant quelque temps, sur des voies erronées. Nous vivons une époque qui a besoin de soigner les blessures que nous ont laissés deux empires successifs. Parfois, l’arrivisme d’un personnage intrigant et vaniteux avec de fortes ambitions politiques et capable de jouer un double jeu est suffisant pour captiver ces points d’inté-rêt et redorer, au niveau international, le blason d’un pays. Pour ce faire, il est suffisant qu’un tel personnage soit au service du pouvoir de l’argent. »14 En attendant, les vers à soie ou plutôt les parasites, poursuivent leur œuvre mortifère., soupira Antoine Béchamp.

Et alors ? Ne pourrais-tu faire la même chose que ce personnage, si c’est pour une bonne cause ? s’étonna Miguel.

Je suis un scientifique, pas un escroc, lui dit en riant Antoine Béchamp. Pour faire ce que tu dis, il faut être pourvu d’un esprit machiavélique qui me fait défaut. Mais je connais cet individu. Il est né six ans après moi, en 1822, dans la bonne vieille cité française de Dole et s’appelle Louis Pasteur. Selon ce que l’on raconte, il devint rapidement « un courtisan assidu, ami intime de l’impératrice Eugénie de Montijo, épouse de Napoléon III. Il fut souvent reçu à la résidence d’été de Compiègne du couple impérial, ce qui lui permit d’établir des relations avec des ministres, des diplomates et d’importants hommes d’affaire. Aujourd’hui, tout le monde le connaît en Europe pour avoir révélé à toute la Cour les globules rouges impériaux grâce à l’emploi du microscope. En outre, à l’époque, la France n’avait pas de très bonnes relations avec l’Allemagne et encore moins dans le domaine scientifique. Une telle figure tombait à pic et encore plus, après la défaite de 1870 qui avait grandement envenimé les relations franco-allemandes, outre provoquer la chute de Napoléon III… »15

Et que se passa-t-il entre ce monsieur et nos vers à soie ? demanda Miguel.

Si les gouvernements changent, les arrivistes restent…! soupira le médecin. Léon Gambetta succéda à Napoléon III et Louis Pasteur… à lui-même. Il devint alors « un fervent républicain, ami de Paul Bert, un physiologiste devenu ministre de l’Education Publique qui lui assura toute son aide et grâce auquel, des années plus tard, en 1888, il ouvrit en France et dans les colonies françaises, d’innom-brables Instituts Pasteur, bien que Paul Bert ne soit plus là pour le voir… »16

Pour bénéficier d’une telle gloire ou Louis Pasteur était tout enchantement ou il était un grand scientifique, opina Miguel.

Ni l’un, ni l’autre, hélas ! Voici ce que j’écrivis à son sujet : « Pasteur, grande figure ? Pasteur, la gloire la plus haute du XIXème siècle et scientifique d’envergure ? Non seulement, il ne fut rien de tout cela, sinon que la stricte vérité exige de reconnaître qu’il fut le scientifique avec le moins de talent, le plus simpliste et le plus superficiel de notre époque. Et il fut également le personnage le plus plagiaire, le plus faux et le plus intrigant de tout le XIXème siècle… […]… ce qui illustre parfaitement la fameuse phrase de E. de Laboulaye : « celui qui fait le plus de bruit ou c’est l’homme le plus grand ou c’est le pire des charlatans. »17

Ainsi, Louis Pasteur s’est attribué des découvertes qui n’étaient pas les siennes. En fait, « il n’a pas défait ni contribué à défaire de fausses théories. Il n’a introduit aucune vérité essentielle ou nouvelle dans les sciences qu’il a étudié. Cela provient du fait qu’étant un être simpliste, superficiel et incompétent, il n’a jamais rien compris aux recherches de ses ancêtres et contemporains, comme il n’a même rien compris à tous ceux qu’il a plagié. Mais, habile arriviste et parvenu, il a néanmoins contribué à retarder gravement le progrès scientifique… […]… Si nous ne sommes pas responsables de l’intelligence que nous avons, qu’elle soit médiocre ou supérieure, par contre, nous sommes responsables de son usage. »18 En outre, fait curieux, malgré sa célébrité, Pasteur ne fut ni aimé ni respecté, mais craint. « Obstiné, arrogant, intolérant, irritable, rigide, froid, vaniteux, intrigant, chimiste médiocre… » sont quelques-uns des qualificatifs descriptifs employés par ses proches collaborateurs. Autre caractéristique de Pasteur : jamais il n’a fait référence et encore moins remercié un scientifique contemporain et il parlait toujours de lui au pluriel de majesté… »19

Eh ben… quel type antipathique ! s’exclama Miguel. Mais quand même, il est impossible que sa carrière scientifique soit si mince ! Il nous a quand même laissé, par exemple, la pasteurisation du lait.

Afin que tu le comprennes mieux et que tu te fasses ta propre opinion et ne t’en tienne pas seulement à mes affirmations, je vais te raconter, à l’aide de nombreux autres témoignages, quelle a été la carrière scientifique de Pasteur. Je t’expliquerais ensuite pourquoi nous avons eu de graves oppositions doctrinales. Sa théorie connue comme la théorie microbienne est celle qui accueille et infirme, encore aujourd’hui non seulement la théorie des maladies infectieuses et leur thérapeutique, les vaccins, mais aussi l’immunologie. Ecoute cela : « Pasteur avait seulement une formation de chimiste et de physicien. Il soutint ses deux thèses en 1847. Et il est curieux que cet homme qui n’avait jamais étudié la moindre maladie, qui n’a jamais su ce qu’est le terrain biologique humain, ses actions, ses réactions et ses fonctions, soit justement celui qui allait laisser une formule thérapeutique magique à la médecine. »20

Il n’y a pas donc pas de quoi trop se surprendre que Pasteur ait attendu, tapi dans l’ombre de la gloire, les publications des autres scientifiques qui croisèrent son chemin. Commençons21 par la découverte, la seule géniale, de Pasteur. Un minéralogiste, René Haüy, avait découvert que si l’on modifiait n’importe quelle forme cristalline, cette modification se répercutait dans tout le cristal, que ce soit au niveau des angles, des facettes ou des arêtes. Cette observation conduit à définir ce que l’on connaît comme la Loi de symétrie. Bien : René Haüy mourut en 1822, année de la naissance de Pasteur. En 1847, celui-ci, alors professeur de sciences à Strasbourg où justement avait aussi travaillé Haüy, poussa la recherche un peu plus loin et se demanda : « A quoi se doit la particularité unique, exclusive et impossible pour les milieux inertes ou artificiels, que possède la matière vivante, de par son « organisation spaciale », de capter et de restituer les formidables énergies vibratoires accumulées en elle par le cosmos ? » A étudier cette particularité spécifique, Pasteur découvrit que tous les composants de la vie, c’est-à-dire les éléments organiques, son dissymétriques et dévient dans la plupart des cas, la lumière polarisée vers la droite. De fait, les organismes vivants comme les bactéries, les levures, les champignons ou les moisissures se nourrissent seulement de composés dissymétriques. Ce fut une découverte géniale dont Pasteur publia les résultats en 1860, avant de ranger définitivement aux oubliettes ce thème de recherche22. Néanmoins, jamais il ne mentionna les autres scientifiques, comme René Haüy, qui lui permirent de réaliser cette importante découverte. Louis Pasteur profita encore plus clairement des recherches de Casimir Davaine, qui en 1868, découvrit la bactérie « Bacillus antracis » qui transmise de l’animal à l’homme, provoque la maladie du charbon.

C’est quoi, la maladie du charbon ? l’interrompit Miguel.

C’est une maladie bactérienne contagieuse, connue aussi sous le nom d’anthrax, qui peut affecter tous les ruminants et se transmet par contact à l’être humain. On l’appelle aussi « la maladie des coupeurs de laine ». Elle peut provoquer une maladie cutanée, pulmonaire et en certaines circonstances, gastro-intestinale. Mais plus important que la découverte de cette bactérie, fut la méthodologie reproductible et applicable à n’importe quelle maladie infectieuse que Casimir Davaine mit au point et qui lui confère la qualité d’être le « véritable inventeur du microbisme ». En 1877, Pasteur s’attribua la paternité de cette découverte. Il eut quand même la décence d’attendre le décès de Davaine en 1882… pour publier ses travaux sur le microbisme. Il recommença la technique du plagiat avec un vétérinaire français, Henri Toussaint qui en août 1880, communiqua à l’Académie des Sciences qu’il avait vacciné avec succès plusieurs ovins contre la maladie charbonneuse. Il avait mélangé des gouttes de pus, prélevées sur les animaux, avec de l’acide phrénique, un puissant antiseptique qui atténuait la virulence du vaccin. Pasteur critiqua violemment le procédé, tant il était convaincu que seuls l’oxygène et la chaleur pouvaient atténuer la virulence des microbes. Néanmoins, en mars 1881, Pasteur rédigea un communiqué similaire pour la même Académie, affirmant qu’il avait découvert une « manière simple » de protéger les moutons. Il ajouta cependant qu’utiliser la méthode de Toussaint « pourrait provoquer des pertes animales importantes » et proposa donc la sienne « plus sûre ». Il paria par écrit, que les 25 brebis vaccinées par ses soins allaient sans aucun doute survivre après la seconde inoculation tandis que les 25 brebis témoins qui ne seraient pas vaccinées, allaient mourir. De nombreux journalistes, politiciens, scientifiques, médecins, vétérinaires et admirateurs relevèrent le défi. Ce fut un triomphe. Les 25 brebis vaccinées survécurent, les brebis témoins moururent. Gravement malade, Toussaint décéda jeune et sa découverte tomba dans l’oubli, jusqu’à ce que Chamberland et Roux, proches collaborateurs de Pasteur, révèlent en 1883 le pot aux roses. Terrifiés par la prétention de Pasteur, ils avaient testé préalablement les deux techniques, celle de Pasteur avec des bactéries atténuées par la chaleur et l’oxygène et celle de Toussaint avec des bactéries atténuées par l’acide phrénique, bien qu’à la place de cet acide, ils utilisèrent du bichromate de potassium.23 Atterrés, ils vérifièrent qu’avec la méthode de Pasteur, toutes les brebis mouraient. Pasteur se fâcha et cria à ses collaborateurs : « Moi vivant, jamais vous ne publierez cela ! » Et sans autre remords de conscience, il utilisa la méthode de Toussaint pour réaliser la fameuse expérience de Pouilly le Fort.24 Malheureusement, ce fut le vaccin de Pasteur, atténué par la chaleur et l’oxygène, qui fut commercialisé, décimant les troupeaux de France, d’Allemagne, d’Italie, d’Argentine et de Russie oú 3696 brebis impériales sur 4564 succombèrent au vaccin pasteurien. Les dénonciations et les pétitions d’indemnisation s’em-pilèrent dans les bureaux français, devenus sourds et muets. Pasteur fut décoré de la Légion d’Honneur. Il l’accepta mais à la condition toutefois que ses collaborateurs la reçoivent également.25 Une manière détournée de s’assurer de leur silence.

Autre emprunt, cette fois au sujet de la pasteurisation: on doit mentionner le génie d’un industriel, Nicolas Appert qui en 1795, c’est-à-dire plus de 50 ans avant Pasteur, eut l’idée de conserver les aliments en boites stérilisées par la chaleur. Il n’était pas scientifique et le fait de découvrir que la chaleur empêche la putréfaction des aliments et l’apparition de moisissures, ne fut peut-être qu’une casualité. Cependant, il est fort probable que Pasteur n’ignorât rien de l’invention de Nicolas Appert dont il sut parfaitement profiter et la détourner à son avantage.26 Néanmoins, ce qui allait donner une tournure triomphale à sa carrière et donc au mythe des vaccins, furent ses recherches menées sur la rage., continua Antoine Béchamp.

Un moment ! s’exclama Miguel. Si tu vas me raconter quelque chose sur la rage, j’aimerais que tu m’expliques qu’est-ce exactement cette maladie, lui dit l’adolescent qui pensait à son chien Gudule. Il était si gentil, qu’il lui était bien difficile de l’imaginer atteint de quoique ce soit, inclus la rage !

La rage est causée par un virus et se transmet aux êtres humains par la morsure d’un animal infecté, car le virus est présent dans la salive de l’animal. Ce virus a la particularité, il est vrai peu fréquente chez les microbes, de migrer depuis le lieu de la morsure à travers les nerfs périphériques jusqu’à la moelle épinière et le cerveau. Là il se multiplie et va, via les nerfs, jusqu’aux glandes salivaires et dans la salive. lui expliqua le scientifique. Selon ce que l’on sait et tel le rapporte les textes médicaux, la période d’incubation pour l’être humain peut aller de 10 jours… jusqu’à plus d’un an ! bien que la moyenne générale si situe entre 30 et 50 jours. Les premiers symptômes se manifestent alors : dépression, agitation, malaise et fièvre. L’agitation va augmentant jusqu’à un état incontrôlable et s’accompagne d’hypersalivation, de spasmes douloureux au niveau de la gorge. Le malade a très soif, mais ne peut rien avaler, pas même des liquides. Ce phénomène s’appelle hydrophobie.27

En 1879, un vétérinaire, Pierre Galtier, avait traité préventivement des animaux contre la rage, continua Antoine Béchamp. Pour ce faire, il avait transmis la rage du chien au lapin, ensuite du lapin au lapin, du lapin au mouton, du mouton au mouton, démontrant ainsi que le même virus était responsable de la forme simple de la rage chez le chien et de la forme paralytique chez le lapin. En 1880, Pasteur visita le laboratoire de Pierre Galtier avec la ferme intention d’apprendre quelle était sa méthode d’immunisation contre la rage. En 1881, Galtier vaccina avec succès des brebis, mais n’obtint pas un plein succès avec toutes. Il conclut donc qu’il serait dangereux de faire un essai avec les êtres humains. Pasteur n’eut pas ses prudences : le 6 juillet 1885 et pour la première fois dans l’histoire, il vaccina le jeune Joseph Meister contre la rage, bien que l’on ne sut jamais avec certitude si l’adolescent avait été mordu par un chien atteint ou non de la rage. Ce fut le Dr. Jacques Joseph Grancher qui administra à l’enfant un extrait sec de moelle de lapin. Au total, il fit treize injections dont la virulence augmentait à chaque fois. « Si les premières injections étaient vaccinales, à partir de la dixième, elles furent seulement de contrôle, à savoir qu’elles permirent à Pasteur de vérifier sa méthode… […] … Avec les dernières injections, le vrai danger pour le jeune garçon était d’attraper « la rage de laboratoire » ou la « rage Pasteur » comme l’appelèrent ses adversaires. Cela justifiait-il d’agir ainsi ?… […]… « Scientifiquement, si. Moralement non. » Cette subtilité fut prononcée par la propre Pasteur.28

Le 6 octobre de la même année, le petit Joseph jouissait d’un bon état de santé. Pasteur rendit donc publique son expérience. Bien qu’il ne fut ni médecin, ni biologiste, il se convertit en un instant en un mythe vivant, un sauveur de l’humanité, alors que jamais il ne donna les preuves que le chien qui avait mordu à Joseph Meister, était effectivement enragé. L’autopsie se contenta d’examiner l’estomac du chien et non le bulbe rachidien comme il se doit, examen qui aurait permis de conclure en toute certitude si le virus de la rage était ou non présent dans l’organisme canin. Comment donc être sûr, dans ce cas, que le vaccin contre la rage était réellement efficace ?

Encore mieux : ce que le public ignore en général, c’est qu’il y avait eu d’autres essais de vaccination contre la rage, pratiqués sous le contrôle de Pasteur et antérieurs au cas de Joseph Meister. Ainsi le 2 mai 1885, on inocula le vaccin à un malade qui avait été admis à l’hôpital Necker pour souffrir une forte agitation qui pouvait, au vu des symptômes, « conduire à penser qu’il s’agis-sait d’un cas de rage ». Le malade reçut une seule dose vaccinale et se guérit, non de la rage, sinon inexplicablement de sa pathologie neurologique ! Le 22 juin de cette même année, une petite fille, Julie Poughon, admise à l’hôpital de Saint Denis, après avoir été mordu par un chien atteint de la rage, fut vaccinée en présence de Pasteur, par un médecin. La petite fille, qui présentait des symptômes indiquant clairement que le virus avait déjà accompli son œuvre mortifère, mourut le jour suivant. Si Pasteur apprit du second cas que le vaccin pouvait peut-être se révéler utile avant l’apparition des signes cliniques irréversibles de la rage, il ne mentionna jamais ces ceux cas antérieurs à celui de Joseph Meister. En outre, il ne faut pas oublier que la morsure d’un chien enragé provoque la rage chez l’homme dans un cas sur six, ce qui représente selon Pasteur lui-même, 16% des personnes mordues. Au vu de ces chiffres, un membre de l’Académie de Médecine, le Dr. Michel Peter29 accusa Pasteur de provoquer la rage plutôt que de la prévenir ! Beaucoup plus discutable fut le cas du jeune Jules Rouyer, âgé de 12 ans et mordu le 8 octobre 1896, par un chien « inconnu » et peut-être enragé. Nous sommes ici en présence d’un vrai « faux positif ».30

Cela signifie que Pasteur falsifia les résultats de son expérience ?  l’interrompit Miguel, très surpris de constater comment on pouvait facilement démonter l’histoire mythique de la science, simplement en l’abordant sous un autre angle.

Vois-tu, Miguel, lui répondit le scientifique, étudier la vie d’un homme de sciences est l’un des guides les plus sûrs non seulement pour comprendre l’histoire de la science elle-même, mais aussi pour découvrir des faits cachés ou tus qui bien des années après, changent la perspective de cette même science, bien que ce soit souvent les faits les plus tape-à-l’œil ceux qui édifient les bases de nos théories et croyances. L’exemple du petit Rouyer qui avait été mordu par un chien, l’illustre fort bien. A partir du 12 octobre et durant 12 jours, on injecta à l’adolescent, qui était « soigné » dans le propre laboratoire de Pasteur, le vaccin contre la rage. L’adolescent présenta les premiers symptômes de la rage dans la nuit du 24 au 25 novembre et mourut le 26. On sait que peu de temps avant d’avoir été mordu, Jules Rouyer avait reçu un coup violent dans la zone lombaire, fait qui n’avait rien à voir avec la morsure. Etait-il mort de la rage ou des suites du coup ? Le père, rongé par la douleur et le doute, porta plainte contre Pasteur. Une autopsie légale fut ordonnée et pratiquée par le Dr. Brouardel, ami intime de Louis Pasteur. Le Dr. Brouardel extirpa le bulbe rachidien du petit mort et prépara une émulsion qui fut injectée de suite à deux lapins. Deux jours plus tard, les deux moururent d’une rage paralytique, ce qui laissa supposer que la cause de la mort de l’enfant était bien la rage… mais celle transmise par le vaccin.

Je ne comprends pas où il y a falsification…, l’interrompit l’adolescent.

Souviens-toi du vétérinaire Pierre Galtier qui vérifia et démontra que lorsqu’il passe du chien au lapin, le virus de la rage manifeste ses ravages chez ce sympathique animal, sous une forme paralytique. La falsification n’était donc pas dans l’expérimentation elle-même, mais dans son interprétation, expliqua le professeur. Le Dr. Brouardel aurait dit à Pasteur : « si je ne prends pas parti en votre faveur, la science va faire un saut en arrière de cinquante ans. Nous devons éviter cela à tout prix. »31 Le 11 janvier 1887, soit 41 jours après avoir injecté cette émulsion, il fit une fausse déclaration sous serment devant le Ministère Public : « les deux lapins qui ont reçu la préparation réalisée à partir du bulbe rachidien de Jules Rouyer sont toujours vivants et jouissent d’un parfait état de santé. On peut donc éliminer en toute certitude l’hypothèse selon laquelle l’enfant serait mort à cause du vaccin… », à savoir à cause du virus de la rage présent dans ledit vaccin. Bien que la méthode de Pasteur était officiellement saine et sauve, le vaccin contre la rage n’avait toujours pas démontré sa soi-disant efficacité.

Malgré cela, « de nombreux instituts antirabiques s’ouvrirent et on y envoya, en provenance des 4 coins du monde, toutes les personnes qui avaient été mordues par un animal, qu’il ait ou non la rage. Si elles arrivaient dans un délai de 6 jours maximum, après avoir été mordues, elles étaient sauvées. Durant 14 jours, on réalisait 14 injections. Avec les 6 premiers jours, elles étaient donc en observation durant 20 jours, au terme desquels on les renvoyait chez elle munies d’un certificat de guérison. » Pour te donner une idée, le journal londonien The Zoophilist rapporta que « entre 1886 et 1903, plus de 1700 personnes traitées et déclarées guéries moururent… de la rage entre 8 et 120 jours après être sorties d’un Institut Pasteur, c’est-à-dire que 100 personnes vaccinées moururent par an… […] Malgré ces chiffres, les Instituts Pasteur continuèrent à s’ouvrir dans le monde entier. En 1902, il y en avait 9 en Italie où l’on vaccinait non seulement contre la rage, mais aussi contre d’autres maladies infectieuses : cette année là, l’Institut Pasteur tua une douzaine d’enfants avec son vaccin contre la diphtérie…. »32

Je dois ajouter une précision, continua Antoine Béchamp. Tous ces faits et chiffres étaient connus à mon époque. Il y eut de nombreuses protestations et plaintes déposées par d’autres pays contre la méthode Pasteur. Mais les admettre aurait signifié déboulonner une gloire nationale, un mythe vivant qui jouissait d’une réputation internationale. On enterra donc les plaintes avec la complicité d’une part du gouvernement français et d’autre part, de la presse. Pasteur, au contraire de ce que l’on croit et raconte, s’enrichit énormément et les Instituts qui s’ouvrirent, après une souscription nationale en 1888, dans le monde entier et les nombreuses colonies françaises, constituèrent la première « entreprise humanitaire » à des fins commerciales et rapportèrent d’immenses bénéfices.33

Eh bien…, balbutia Miguel, l’idée que j’avais de cette personne était complètement différente ! Mais à t’écouter, je me rends compte que Pasteur n’était pas du tout le scientifique honnête, intègre et préoccupé du bien-être de l’humanité comme nous le racontent nos livres d’école. Bien que cela ne me paraisse pas condamnable qu’un scientifique utilise les recherches d’autres scientifiques pour enrichir ses propres travaux, par contre le fait de ne jamais les mentionner quand il découvre quelque chose, me semble fort malhonnête. En outre, je suis très surpris de voir que le monde de la science puisse se contenter officieusement d’une escroquerie reconnue comme telle, grâce à une unique expérimentation officielle ! Cela me confirme ce que m’expliquait Deep Blue sur la nécessité de faire la synthèse ou de redécouvrir les travaux de nombreux scientifiques qui n’ont pas été suffisamment écoutés et entendus, ou pire encore, qui ont été délibérément écartés pour ne pas vouloir lécher les mains et le pieds des politiciens du moment ni suivre le courant du politiquement correct.

Je crois que ce qui me blesse le plus, ajouta l’adolescent qui songeait avec peine et tristesse à tous ceux qui étaient également le résultat d’une « erreur humaine », c’est de découvrir qu’entre le concept de la santé et celui de la maladie, il se cache un troisième élément que l’on oublie souvent ou que l’on passe facilement sous silence : la victime de la science ! Moi !… Peut-être que tout cela ne me serait pas arrivé si j’étais tombé entre les mains de médecins qui appuient un concept de la médecine qui soit respectueux, non des lois de la technologie et du marché, mais de celles de la Nature, comme l’étaient les anciens médecins traditionnels chinois. Ceux-là se montraient beaucoup plus prudents au moment de traiter leurs patients que nos médecins d’aujourd’hui. Au moins, à cette époque, ils ne vaccinaient que les enfants sains et de constitution forte, respectant en outre les cycles épidémiques en accord avec les cycles saisonniers, dit-il en pensant à Zhang-Lu.

J’ouvre les yeux à tant de choses à la fois que je n’ai pas le temps de toutes les assimiler ! insista l’adolescent, déconcerté de découvrir la fragilité des théories. Il se demandait qui croire et repensait à ce que Deep Blue lui avait dit au sujet de la vérité. Il disait qu’elle était si précieuse que souvent, il était nécessaire de la cacher derrière une muraille de mensonges.

Miguel sourit vaillamment et ajouta:

Dis-moi alors, comment te décrirais-tu et pourquoi me racontes-tu tout cela ?

Antoine Béchamp se racla la gorge et répondit avec une certaine ironie : « je suis le précurseur de Pasteur comme une personne qui a été volée est le précurseur de la fortune de son voleur qui, à partir de là, riche et insolent, se moque d’elle et la calomnie. »34 Cette définition que j’ai faite de moi-même, je l’ai rédigée après la mort de Pasteur. Ma vie, personnelle et professionnelle, fut un long chemin de peine. Mais comme le dit le philosophe Mencius : « quand le ciel demande à un homme d’accomplir un grand travail, elle soumet son cœur à une souffrance indicible, fatigue douloureusement tous ses muscles et laisse son estomac, vide et son esprit, triste. Néanmoins, ces pénibles expériences sèment dans l’intimité de son cœur, un amour incommensurable pour le monde et la vie et renforcent d’au-tant sa volonté pour lutter justement là où les autres trébuchent et abandonnent… »35 Souvent on dit, non sans raison, que certains faits acquis ne peuvent être supprimés. Néanmoins, il y a toujours des personnes qui essaient par n’importe quel moyen de les effacer. Pour cela, je dis que nous serions condamnables si par faiblesse ou par intérêt, nous laissions que quelqu’un détruise ces faits sans les rappeler ni les défendre… […]… Pour cela, j’affirme que Pasteur a souvent fait preuve de l’incroyable volonté de convaincre que le sérieux du thème de recherches qu’il se proposait, était suffisant pour justifier la légèreté de ses résultats. »37»