Petit ange par Grady de Christine

Petit ange par Grady de Christine

Petit ange coincé dans les nuages… mais vers qui le soleil s’incline et la lune s’installe sur sa peau black; elle est toute belle Alice. Pure alchimie. Souvent, de passage, la plupart des hommes lui envoient des étoiles, mais Alice les rejette d’un revers de main, en jetant la salive par terre avec toutes les veines de son cou tendues, sourire coincé, comme atteinte de constipation.
C’est que des tintamarres, soubresauts qui sautent sur ses plaies mal guéries. Alice est allergique d’entendre les étoiles, elle a tourné la page. A présent elle torture son âme à travers le prisme de son corps pour se venger de lui même (d’avoir???)…
Elle préfère ainsi et croit que ce n’est point de la torture. C’est Etre libre. Une libellule. Elle dit que c’est poétique, quand bien même elle déteste la poésie : c’est elle qui a soulé son âme, en l’amenant sur cet autre surface, ce monde. Alice n’a point voulu mourir…
18heures, l’alarme pisse sur le silence qui règne. Alice se réveille. » La nuit c’est le jour, le jour c’est la nuit, fulmine t-elle son mantra avec une gueule fatiguée en se réveillant et en éteignant le brouhaha de l’alarme. Toutes les espiègleries puériles, les heures sombres, les étoiles maquillées de boue… qu’on trouve le jour, sont réciproques aussi à la nuit. Alice se lève, caresse son chat noir au pied du lit et va se doucher. Elle mettra David Bowie à fond pour se laisser bercer sous la douche…
Coiffure à la garçonne, une longue clope dans sa gueule, dont les volutes fendent l’air en brouillard piquant ses yeux comme le piment d’Afrique, de l’amour sur son corps, dont les rondeurs et la poitrine ne sont que du miel les rayons. Alice ne pense pas et se tient sur le seuil de la porte du salon depuis quelques bonbons de minutes, pied gauche qui remue sans cesse. Comme on piétine la tête du serpent, elle écrase le mégot, éteint la lumière du salon et ferme la porte. Sac brinquebalent au flanc droit, talons aiguilles, elle va vers l’invitation de la nuit. Notre petit ange a une folle mission…
Sur l’avenue de » tout est permis », ça fait quelques trois heures du temps dur qu’elle épie de gauche et à droite à la recherche d’un ange ou d’un démon, pourvu que le matin laisse son ventre tranquille. Elle n’est pas la seule à attendre la manne, il y a toute une cohorte de filles mineures en mal de sexe, femmes mariant jusqu’à là cinquantaine, prostrées le long des murs, qui attendent elles aussi les dieux de nuit. Elle extirpe pour là énième fois de sa sacoche un petit miroir et de la main dextre, se farde. Avec cette beauté qu’on ne peut décrire avec exactitude mais juste la sentir bruler au fond de soi, pourquoi cette nuit est grise pour elle ?
Avec ces trois heures passées debout, souvent, elle devrait avoir au moins dix odeurs qui auraient du déjà déchaîner leur bave, colère, morve sur son corps. Mais non, là, les dieux passent sans grand intérêt pour cette ombre étoile au milieu de la masse le long des murs. Étrange, non, Tu ne trouves pas ? Elle remet le miroir et se décide enfin comme le font ses congénères depuis un bout de temps. Comme les hommes ne viennent pas, Alice se met à les accoster, avec les plus beaux mots érotiques, en leur montrant ses seins et soulevant sa jupe dont le sexe est à vue, ce qui n’est pas dans son caractère. D’habitude elle n’accoste pas, ils viennent seuls chez elle, parce qu’elle sait jongler avec les hommes en mettant du baume sur leurs nerfs, elle a tout ce qu’un homme cherche. De la sérotonine ? Viens chez Alice.
Mais, les hommes ne prêtent pas attention à ses gestes, comme si Dieu a détourné leur cœur du désir de la chair. Dieu ne peut pas faire ça sans prévenir, voyons ! D’un coup, elle coule dans l’encre de Chine…
Les hommes. C’est eux qui ont fait d’elle une gardienne de nuit. Réparatrice. Avant, elle n’avait pas une coiffure à la garçonne, ne fumait pas, et portait les habits qui ne frisaient pas d’hystérie la conscience des autres…
Avant, les hommes venaient l’accoster avec des paroles et des gestes poétiques. A chaque fois qu’elle croyait au grand amour mais le bateau partait à la dérive à cause de l’avidité des hommes. Toujours à la conquête d’autres femmes. Jamais manger les fruits d’un seul arbre.
Au vu de tout ça, elle survivait avec des séquelles, jusqu’au jour où elle décida de tourner le dos à l’amour et voulut se suicider. Mais non, il eut une voix dominante en elle, donner son corps à des inconnus lui plu beaucoup car eux, au moins, ne joueraient pas avec son cœur comme une ancienne poupée – qu’on jette souvent à la poubelle-et qu’on remplace par une nouvelle venue…
Alice sursaute en râlant quand un homme d’un grand gabarit, sortant de nulle part et qu’elle n’arrive pas à voir tant l’homme et la nuit sont des homonymes. Il se place devant elle. L’homme prononce les vers d’un Aimé Césaire raté :
– Je veux faire de toi une guitare de rock’n’roll, parce que mon pene a …
– A condition de…
– Chut ! J’ai tout ce qu’il faut. Ton devoir est de t occuper de mes nerfs. N’est-ce pas que tu es une réparatrice des hommes ?
Elle ne dit.
Ils s’en vont vers l’hôtel fait avec les tôles à quelques vingt pieds d’eux. Alice ne sait pas qu’elle un petit ange coincé dans les nuages.