Poupée musclée sur lamelles de bonheur – Inès Vignolo. Magnitudes 8

Poupée musclée sur lamelles de bonheur – Inès Vignolo. Magnitudes 8

Poupée musclée sur lamelles de bonheur – Inès Vignolo

Dans ce roman autobiographique, la Princesse vous amène en voyage. Elle part à l’autre bout de l’océan, retrouver son pays natal aux écarts sociaux et à l’équilibre chancellant. Vous découvrez les portraits des gens qui font sa vie, et plongez dans les reflexions qui font celle de nous tous; des émotions, de la passion, aux couleurs universelles.
Sur le chemin d’une meilleure compréhension de soi, avec une indéniable touche d’humour et un rythme saccadé et sans décor superflu, juste les touches qu’il faut, pour sécouer le quotidien, avec un éclat aux goûts d’aventure.
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“Quelle idée de naitre fille ! L’ainé devait être un garçon ! À la maison, aucun prénom ne m’attendait. Je
suis arrivée trop tôt et j’avais le mauvais sexe. Des semaines en couveuse à réfléchir si rester ou pas, au
milieu de cette bande de tarés.
J’ai décidé d’attendre pour voir. C’est incommodant de naitre, cela représente un considérable effort physique et spirituel de s’incarner. Je n’allais pas tout jeter pardessus bord sur un coup de tête. J’ai pris le pari de regarder comment les choses évoluaient. Si je changeais d’avis, je pouvais toujours repartir.
Mon frère est né assez rapidement après moi. Ils s’étaient remis vite au boulot ; le mâle, il le fallait
vraiment. Mes parents se sont alors calmés et m’ont fiché la paix. J’ai pu à nouveau m’installer confortablement sur mon trône d’ainée, avec tous les privilèges qu’il comporte.”
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“Retourner dans ma république bananière est une démarche équivalente, mais à large échelle.
C’est une pente, ce voyage. Comme un toboggan d’eau, de ceux raides, sans pitié. On s’y avance méfiant,
on guette l’abîme, fiers de notre courage à venir.
Étourdis par la peur. Quelques secondes de souffrance douloureuse et nous serons plus forts en bas, à l’arrivée.
Je me suis préparée à prendre l’avion comme si je me disposais à me jeter d’un précipice. Supplice tant repoussé : l’idée peu ragoûtante d’arriver de l’autre côté du monde en presque apnée de sommeil, le dos, l’énergie, et les résolutions de travers.
Bon allez hop ! Je me suis dit : « sortons de ma zone de confort, il parait que la vraie vie se trouve au-delà de
ses limites ! » Je vais me faire scruter comme bête de cirque. « Elle vit en Europe, elle a des moeurs distendues. » Ils me fatiguent déjà. Je sais qu’ils veulent m’interroger, ils veulent savoir comment je gère mes hommes, que devient mon mariage naufragé.
Je ne gère pas, je jongle, mais en principe et la plupart du temps, je laisse faire. J’improvise beaucoup, et je fais confiance en général. À Dieu, à l’Univers, à ma bonne étoile. Un peu au Diable aussi, il a des ressources que les autres ignorent.
Ils ont vieilli mes amis, je vais les trouver défraichis. Mais moi aussi non ? Même si je ne me sens pas trop
différente de quand j’avais 17 ans. À part le fait que je suis plus mignonne aujourd’hui. Plus fatiguée aussi. J’ai voulu faire un régime d’urgence pour les épater tous. On ne va pas entrer dans les détails, mais disons que cela n’a pas été possible.
Vous savez, la fondue, le chocolat.”
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“J’ai vraiment cru que cela pouvait marcher, qu’après mon long mariage et mes aventures, j’avais trouvé le vrai amour. L’amour a toujours l’air vrai de loin, en arrivant. De près, cela se complique. À vrai dire, lui, il était déjà complexe de loin, mais je voulais y croire, parce qu’on a besoin d’utopies dans la vie, et il me semblait en être une très jolie.
Lui, je le rencontre un jour sur une branche, au détour d’une forêt. Je suis bouche bée ; absorbée dans la contemplation de sa lèvre fendue, la fameuse cicatrice. Son sourire asymétrique sur dents tordues, me remplit de tendresse.
Je craque.
Il m’a par la lèvre, la porte d’entrée ; la trappe qui me fait trébucher en plein dans l’amour.
Comme on se prend une porte dans la figure, je me prends l’amour dans la gueule. Lui ? Il me trouve mignonne, divertissante, assez éveillée. Il se demande surtout si j’irais bien avec les meubles de sa future
maison. Et avec les amis bienséants de sa vie. Il faudrait que je poste moins de conneries sur
Facebook, pour commencer. Moins de selfies, moins d’illustrations de ma vie sociale. Je me dois de me divertir dans la discrétion.
Aussi, mon calendrier avec des photos de vrais et charmants prêtres lui pose problème20. La femme de sa
vie ne peut pas décemment se laisser aller, à la concupiscence envers des hommes d’Église.  Je perds des points.
Avec lui, j’en perds quotidiennement.
C’est un massacre au score sentimental.”