Vio-lences. Par Ana Jan Lila.

Vio-lences. Par Ana Jan Lila.

Ana Jan Lila, est une nouvelle auteure de la maison JDH, qui vient de publier dans la prestigieuse collection Magnitudes, un roman que l’on pourrait qualifier de Thriller érotique, pour adulte. Ana, est une auteure coup de cœur du comité éditorial de la maison. A découvrir d’urgence.

Mais pour ce texte, il s’git d’un témoignage, nous ne sommes malheureusement pas dans la fiction.

 

Vio-lence.

Beaucoup de femmes aiment à parler de leurs expériences de la violence, comme si elles cherchaient à être reconnues et aimées en conséquence. Un peu comme un effet de « mode » !
Beaucoup le vive, l’ont vécu, mais ne le chante pas, ne le conte pas et ne le crie pas sur tous les toits. Alors je vais être cette voix parmi tant d’autres.

Mon enfer était personnel, ma fierté l’est tout autant.
Une blessure profonde.
Une cicatrice que l’on cache sous un pull.

Une journée de plus où l’on doit se lever, accomplir les tâches ménagères comme une automate, sourire comme si la vie était géniale. Ma vie a été un cauchemar et je ne pouvais en parler à personne. Je vivais cela toute seule, honteuse, emprunte de culpabilité. Chaque jour, je me refermais un peu plus, cachant sous des couches de fond de teint mes yeux violacés, j’avais perdu l’envie de me mêler aux autres. Je m’isolais dans le chagrin qui était mien.
J’ai comme toutes les petites filles, rêvé, un jour, du prince charmant qui m’emmènerait sur son beau cheval blanc, dans son château où nous vivrions heureux et où nous aurions eu beaucoup d’enfants, vivant une histoire d’amour romantique et passionné.
Foutue histoire que l’on raconte aux petites filles, le prince charmant n’existe pas, il n’a pas de cheval ni de châteaux. Ils ne vivent pas heureux. Les parents devraient nous préparer à la réalité qui attend la plupart des femmes de ce monde. Être une femme est un combat. Ce combat, mes expériences, me permette aujourd’hui d’écrire sur de multiples sujets. Je n’avais jamais imaginé que ma vie prendrait une tournure pareil, bien évidemment je supposais que je serais un jour mariée, dans une belle maison, avec des enfants, mais surtout heureuse. Aujourd’hui, j’affronte un monde inconnu, où l’angoisse et la violence règnent, où les cauchemars et les insomnies sont mes fidèles compagnons, ma vision n’est plus la même, mon insouciance n’existe plus, j’entrevois la laideur et l’horreur de l’être humain. Dissimuler les bleus et les bosses deviennent une préoccupation régulière. Quand cacher n’est plus possible, il faut mentir.
Que dire des mots ?
Leur violence est invisible, mais tellement douloureuse ! Pour lui, je n’étais qu’un exutoire à sa propre rage, je n’avais pas d’existence propre. Je n’étais pas respectable. Je n’étais rien. Il semait une telle confusion dans mon esprit que j’avais du mal à distinguer la réalité de sa puissance manipulatrice. Conditionnée à être une personne que je n’étais pas, je reniais ma personnalité et mon passé. Je pense que nous pouvons évoluer sans nul doute, mais comment évoluer entre deux personnalités, la nôtre et celle que l’on nous impose d’être? Comment ne pas se perdre soi-même pour l’amour de l’autre ? Nos démons personnels collés à nos ego réclament de l’espace, faut-il les écouter ? Qui suis-je ? Qui ne suis-je pas ? Se bercer d’illusions pour ne pas être seule. La solitude…
Certains la porte comme un fardeau ne sachant pas comment la vivre. Elle fut ma meilleure amie silencieuse durant des années. Aujourd’hui, elle se contente de m’accompagner. « Je suis vivante. Juste vivante. ». Je puise ma force dans toute l’horreur qu’il m’a fait vivre.
L’espoir ? On s’y attache pour ne pas sombrer. La liberté ? Elle est éphémère. L’amour ? Une illusion.
Les jours passent, la terre continue de tourner, la parole diminue, le silence accompagne. Passer des jours sans parler ni en ressentir le besoin. Regarder le monde, observer les autres.
Suis-je un alien ?
Mon corps fatiguait du poids de toutes ces épreuves, réclame le repos, mais comment se reposer lorsqu’on a une vie à construire ? Des combats à mener contre soi-même, l’entourage, la société ?
Des années s’écoulent, des changements, des rencontres, de nouvelles responsabilités.
Seule, cette profonde angoisse qui m’étreint depuis des années continue de me cajoler en serrant toujours de plus en plus fort.
Se libérer a un prix.
Respirer paraît naturel et pourtant pour moi, parfois, cela me demande un effort terrible.
Oui, j’ai pris des coups. Oui, j’ai connu la violence psychologique et les dégâts qu’elle produit. Oui, la violence sexuelle, je l’ai subie.
Corps meurtri, âme en peine.
Je ne veux pas que les gens me plaignent.
Je ne suis pas de celles qui après tout cela, pensent du mal de tous les hommes. Les mets tous dans le même sac.
Je ne revendique pas un côté pseudo féministe.
Ton père est un homme ? Ton mari est un homme ? Ton fils est un homme ?
Alors les jalouses, les malveillantes, les intéressées ne font pas partie de mon monde.
Non, je n’irai pas me mettre seins nus pour faire entendre ma voix.
« Montrer » mon cerveau me suffit.
Ce n’est pas parce que vous avez vécu le pire qu’il faut se battre pour les mauvaises raisons.

Un seul homme m’a volé mon adolescence et mes rêves.
Car oui, à l’âge où vous rêviez, viviez vos premières amours, je prenais mes premiers coups, sous un flot d’insultes.
Quatorze années sont passées, mais l’histoire est gravée.
Seize ans, le bel âge, vous dit-on…
Quand d’autres faisaient la fête, riant aux éclats, j’étais enfermée, seule.
Solitude et cigarette, le silence après le chaos.
La notion de pureté a disparu de ma vie, depuis ces événements.

Univers de violences.
Viol.
Dans Vi-olence, il y a la syllabe « vi ».
Elle est plus importante pour moi que la syllabe « viol ».
Car oui, il faut vivre. Il faut continuer de vivre quoiqu’il arrive.
Les personnes qui désormais m’entourent ont cette mentalité ; pour certaines d’entre elles, leurs passés sont lourds à porter, pourtant, elles sont capables de donner sans compter et se relève de la douleur.
Écrire est un défouloir.
Je ressens une profonde colère, j’étouffe à l’intérieur de moi, comme si ma peau devenait trop étroite et m’étouffer. Peu à peu, je prends conscience de ce à quoi j’ai été confronté, progressivement je renoue avec des pans de ma personnalité que je croyais disparus à jamais dans des abîmes de souffrances. L’impensable, sidère, paralyse et anéantit.
La vie après une relation malsaine, c’est comme, une reprogrammation mentale.
Ce que je peux dire aujourd’hui : l’amour ne devrait JAMAIS faire mal.
Un homme ou une femme qui l’a fait preuve de violence une fois, recommencera. Ne pensez pas pouvoir le psychanalyser, le réparer. Les excuses ne valent rien si elles ne sont pas accompagnées d’actes plausibles. Aucune violence telle quelle soit n’est tolérable, acceptable, vous ne l’avez pas méritée, ce n’est pas de votre faute.
Il est des souffrances et des moments dans la vie qui nous imprègnent tellement fortement que notre âme est profondément endommagée. Nous n’avons pas forcément envie de témoigner de la laideur d’un vécu dans son intégralité.
Mais surtout, soyez vigilant(e) à votre entourage, il se peut qu’une personne mène ce combat en secret.
Soyez humain.