Entretien avec Jean-David Haddad, président des Éditions JDH pour la sortie de son livre « Écrire un livre à succès » et pour la préface de 1984.

Entretien avec Jean-David Haddad, président des Éditions JDH

pour la sortie de son livre Écrire un livre à succès et pour la préface de 1984.

 

Jean-David Haddad, bonjour. Vous êtes un homme aux activités multiples et un personnage public, conférencier, universitaire, professeur agrégé d’économie, présentateur, conseiller financier, vous gérez plusieurs entreprises, vous êtes aussi rédacteur pour différents supports web, et aussi, et c’est cela qui nous intéresse ici, vous êtes éditeur et auteur. Auteur confirmé, puisque de Pacifica à Écrire un livre à succès, vous totalisez plus d’une vingtaine de parutions qui s’étalent sur plus de vingt années, et ceci avec le concours de différentes maisons d’édition. Votre maison d’édition, JDH Éditions, créée en 2017, d’abord spécialisée dans le livre d’économie, a déjà connu quelques succès ces quatre dernières années et s’enorgueillit de posséder un catalogue de plus de 150 livres répartis sur 24 collections, avec, depuis deux ans maintenant, un véritable développement sur la littérature dite « classique ». Vous avez aussi créé et développé le concept de l’édition nouvelle et communautaire et vous avez pris le pari de créer vos propres médias. Il y a déjà une revue littéraire, L’Édredon, une émission de télévision sur le web avec Les Pros de l’Éco en partenariat avec TV Finance, des émissions récurrentes comme Paroles d’éditeur ou Livres en vrac sur YouTube, de très nombreuses interactions avec les médias nationaux ou régionaux également. Et bientôt une WebTV JDH. Ceci pour planter le décor.

Nous allons donc commencer par parler de votre métier d’éditeur, puis de votre vision du monde du livre, ainsi que de votre passion d’auteur et enfin, si vous êtes d’accord, terminer par votre dernier livre sorti : Écrire un livre à succès.

Ma première question est la suivante : qu’est-ce qui vous a décidé à devenir éditeur ? Quelles étaient alors vos motivations et comment vous est venue l’idée ?

— L’idée m’est venue lorsque j’étais directeur de collection chez Lextenso, qui est l’une des vingt premières maisons d’édition en France. J’avais proposé et créé une collection qui s’appelait « 100 pages pour comprendre ». J’aimais le fait de ne plus être simplement auteur, de faire ce métier, de sélectionner et de collectionner des textes et de rencontrer et d’amener des auteurs… d’être leur « porte-voix ». En revanche, au bout d’un moment, j’ai trouvé que cette maison d’édition travaillait d’une manière trop classique. Je voulais travailler à partir des réseaux sociaux, tester de nouvelles idées de promotion du livre… les QR codes intégrés, des couvertures « choc »… nous ne nous sommes pas entendus… C’est à partir de cette rupture consentie que j’ai eu envie de créer ma propre maison d’édition. Je pensais déjà le livre comme un média. Et ma propre histoire m’avait montré que je suis un homme de média. Et de conseil. Je suis là pour faire le lien, pour transmettre. C’est aussi ce que je fais d’un point de vue intellectuel en tant que professeur ou avec France Bourse, comme rédacteur en chef.

Vous venez de parler de « découverte de l’autre », de l’idée d’être « un porte-voix » pour les auteurs… La générosité et l’écoute sont-elles indispensables pour être éditeur ?

— Ah oui, forcément ! Cette part est importante dans l’exercice du métier, cependant, on ne peut pas être que « généreux ». Nous ne vivons pas dans un monde de Bisounours, et parfois, il faut savoir dire « non » ou « stop ». L’éditeur marche sur une ligne de crête en permanence, entre sa maison, qui est une entreprise comme une autre, et l’envie de croire en des projets et de publier parfois sur un coup de cœur. Mais il ne faut pas laisser la passion faire taire l’idée de rentabilité. C’est un équilibre.

Être éditeur aujourd’hui, est-ce un véritable challenge ? Certains disent que c’est un pari un peu fou…

 — Que c’est un pari et un véritable challenge ! D’ailleurs, beaucoup de mes amis ont essayé de me dissuader d’aller plus loin dans l’aventure. Autant ils étaient favorables au fait que je crée ma propre marque d’édition, surtout pour publier mes propres livres, dans une sorte de schéma d’autoédition au final, autant ils trouvaient « casse-gueule » que je me lance dans des publications littéraires comme les pamphlets et plus généralement le roman. Ils me disaient que je risquais d’y perdre des plumes. Je ne dirai pas qu’ils avaient tort ni qu’ils avaient raison, je dirai seulement que si c’était à refaire, je le referais !

Bien, parlez-nous un peu de votre vision du monde du livre… Lors d’une intervention médiatique récente, vous avez parlé de l’évolution de ce microcosme. À quoi tient-elle en principal, depuis ces dernières années ? Qu’est-ce qui a vraiment changé dans le domaine du livre ?

— La première chose est que c’est beaucoup plus compliqué de vendre des livres aujourd’hui qu’il y a dix ans, et encore plus compliqué qu’il y a vingt ans. J’avais vendu à peu près 2 000 exemplaires de mon premier roman, Pacifica ; aujourd’hui, je sais que j’en vendrais environ dix fois moins… et paradoxalement, je suis dix fois plus connu…. C’est plus compliqué, car il y a aujourd’hui beaucoup plus de livres sur le marché, surtout avec la montée en puissance de l’autoédition… Avant, l’autoédition était marginale et surtout destinée aux auteurs « refusés » par les maisons. Puis, c’est devenu un premier choix. Il n’est pas si rare de voir des auteurs autoédités passer sur les plateaux TV dédiés au livre… et certains sont connus, ou se sont fait connaître par la voie classique, et aujourd’hui se revendiquent « autoédité »… C’est d’ailleurs certainement plus évident dans ce schéma que dans l’autre. Ce phénomène a complètement chamboulé le marché. Comme les librairies en ligne qui ont proliféré ces dernières années et qui ont cassé le cycle naturel de vente du livre… Cette énorme production fait que même dans les librairies qui ont une surface de vente importante, il y a moins de références que sur la toile, pour des raisons évidentes de stockage, entre autres…

 Est-ce que vous pensez que l’éditeur classique que vous citiez en exemple au début de notre entretien a une chance de survie s’il persiste à ignorer ces phénomènes que vous décrivez ?

 — Pour les grands éditeurs comme celui cité, les historiques, oui. Mais ils se sont adaptés aussi à la situation, en investissant sur la fabrication et la diffusion de leurs livres. Certains ont des imprimeries, des entreprises de PAO, des filiales de diffusion, etc. Par contre, un éditeur qui se lance aujourd’hui n’a aucune chance, car s’il ne réinvente pas le métier, il ne tiendra pas deux ans.

 Aujourd’hui, les livres audio cartonnent, le numérique continue à se développer à grande vitesse et à moindre coût, alors, pour le livre en tant qu’objet, pour le papier, quelle est la vision de l’économiste que vous êtes sur son devenir ?

— C’est intéressant comme question, car vous interrogez aussi le prospectiviste que je suis et qui vient de préfacer le 1984 d’Orwell. Si on prend les tendances récentes, l’ebook, par exemple, il y a dix ans, on disait de lui qu’il tuerait le papier. Finalement, aujourd’hui, en France, il ne représente que 10 % des ventes de livre. Aux USA, il a grimpé à plus de 25 % rapidement, mais le chiffre ne progresse plus depuis quelques années. Pour les livres audio, le principal défaut, c’est qu’ils sont chers. Et que c’est un marché de niches. Ils ne vont pas supplanter le livre papier. En revanche, à long terme, le risque pour le livre papier, c’est la dictature écologique vers laquelle nous nous dirigeons.

Une dictature écologique ?

— Oui, et je pèse mes mots ! Pour ces radicaux, la culture devra se borner aux frontières de l’écologie. Je prends l’exemple, récent et médiatique, de certains leaders de ces mouvements écologistes qui prétendent empêcher les enfants « de rêver du bout du monde », au prétexte qu’il faut rester chez soi pour ne pas polluer la planète avec les transports ! Ils sont bien capables de décréter un jour que le livre pollue… on ne sait jamais… Ceci dit, il faudrait pour ce faire que l’idée devienne mondiale… que la pensée unique règne…

La pensée unique, à mon sens, a justement fait une démonstration de force, en particulier ces deux dernières années. La récente réédition de deux grandes œuvres de Georges Orwell, La ferme des animaux et surtout 1984, dont vous avez financé les traductions et les parutions, sont sorties dans la collection des classiques JDH, Les Atemporels. Cela semble avoir une importance particulière pour vous. Un mot sur le sujet ?

— Oui, la pensée unique est en train de nous envahir. La crise du Covid, qui aurait pu être une crise sanitaire comme il y en a eu déjà tant dans l’Histoire, a enclenché ce phénomène, et pour le coup, un phénomène mondial ! Tout le monde doit mettre le masque parce que tout le monde est potentiellement contagieux ! Le virus, c’est le diable ! La vie à tout prix ! La santé à tout prix ! C’est imprégné dans l’esprit des gens, maintenant…

Et ce genre d’obéissance sans discernement favorise et mène à la dictature. Orwell le décrit parfaitement dans son œuvre. Et ceux qui vont à l’encontre de ce phénomène, ceux qui se battent contre la pensée unique, finissent par se radicaliser, et quand ils se radicalisent, ils deviennent eux-mêmes des dictateurs en puissance. Pensée unique contre pensée unique, voilà le monde dans lequel on est. Alors que pour ma part, j’adhère à la pensée complexe, du point de vue de ma vie, de ma formation ou de mes apprentissages. C’est ce que préconise le philosophe Edgard Morin. Nos politiques sont eux aussi de plus en plus dans la pensée unique. Orwell a brossé le portrait d’une situation au sortir de l’après-guerre qui est intemporelle. Il a écrit 1984 au sortir du nazisme et pendant le stalinisme, juste avant l’avènement du maoïsme. La pensée maoïste est la plus uniforme et englobante qui fût. Je déteste l’uniformité. L’être humain n’est pas fait pour vivre cela.

 Croyez-vous que notre monde contemporain puisse, comme en 1949 où un tiers de l’humanité bascule dans le communisme avec les conséquences que l’on sait, reproduire ce schéma ? Et croyez-vous qu’il y aura deux camps à l’avenir ? Les pro et les anti-pensée unique ?

— C’est une question complexe… Contrairement à l’époque actuelle, le monde de Mao n’était pas en proie à la mondialisation. Tout dépendra de la propagation de cette pensée unique. Malgré tout, avec la crise du Covid, tous les pays n’ont pas réagi de la même façon. C’est une lueur d’espoir. Je préfère être optimiste.

— Les deux parutions en moins de six mois sur Orwell pour JDH Éditions répondent aussi à un véritable engouement du public pour cet écrivain qui se décline aussi en romans graphiques et en films. La nouvelle génération le découvre, les autres le revisitent… Est-ce que pour vous, nous devrions tous en tant que lecteurs nous intéresser davantage aux grands auteurs du temps passé (vous avez récemment republié Étienne de la Boétie avec le Discours de la servitude volontaire, par exemple), et ainsi redonner ses ors à la littérature classique ?

— Tout à fait. Les Atemporels, nos classiques JDH, s’éditent presque à perte, les marges sont dérisoires… Mais pour moi, cela fait partie du travail de l’éditeur, de sa mission de transmission que nous évoquions plus tôt. Et je crois qu’il est du devoir des éditeurs de préserver et d’entretenir ce patrimoine littéraire. Tout en l’actualisant… Par exemple, je demande toujours à mes auteurs de préfacer nos classiques et de donner dans cette préface leur vision contemporaine du texte. Je crois que nous sommes la seule maison d’édition à avoir adopté ce schéma, qui personnalise non seulement l’œuvre classique, mais lui ouvre de nouvelles perspectives de diffusion. Et nous protégeons l’idée.

Une collection pamphlétaire, avec Uppercut, une collection sur le débat avec Versus, un livre que vous avez récemment écrit sur « Le monde d’après », des articles en bataille sur la revue littéraire de votre maison, des interventions multiples sur les médias… Jean-David Haddad, au fond, êtes-vous un rebelle ?

— Oui… j’aurais pu me contenter d’une carrière universitaire, bien lisse et linéaire, ou devenir pharmacien comme mes parents le voulaient… et ils y tenaient ! (rires)

Mais j’ai choisi l’épicurisme de l’esprit, et tous les domaines où je me suis lancé ont tous en commun le facteur risque. De la bourse à l’édition. Je ne voulais pas entrer dans un moule. Je ne rentrerai jamais dans un moule. Galilée disait en son temps que la Terre était ronde et il a été condamné pour ça. Beaucoup croient détenir la vérité. Mais ils ne l’ont pas. Et il faut une dissidence face à eux, des gens capables de contrarier leurs arguments. Avec discernement, j’y tiens.

Qu’entendez-vous par le terme « discernement » ?

 — La raison… Je ne publierai jamais des appels à la haine ou à l’insurrection, ce n’est pas ma philosophie.

Auteur. Écrivain. Romancier. Peu importe le mot choisi. Pour vous, c’est une passion. Un besoin. En tant qu’écrivain moi aussi, et surtout en tant que directeur littéraire, je vous classe dans la catégorie des « auteurs explorateurs ». Changeant, avec talent, d’univers et de sujets comme ils changent de costumes. Vous êtes d’accord avec ce « diagnostic » ?

— Tout à fait, cela rejoint la pensée complexe et la liberté intellectuelle que je revendique. Je ne veux pas entrer dans une case. Ni être étiqueté. Ni à mon tour mettre des étiquettes sur les choses. C’est un paradoxe humain. On a souvent besoin d’établir une sorte de classement, d’ordonnance des choses pour se rassurer.

Alors, à vous entendre, nous pouvons nous attendre à lire un jour un livre de Jean-David Haddad sur un sujet particulier, politiquement non correct et qui « décoiffe » ?

— Absolument, mais peut-être sous pseudonyme ! (rires) Ceci étant, je n’ai encore jamais publié sous pseudo…

Votre passion de l’écriture est venue comment ? Qu’est-ce qui vous a influencé ? Vos parents ? Vos professeurs ?

— L’Éducation nationale ne m’a jamais influencé… Non, je crois que c’est mon père qui m’a donné le goût du livre. Il lisait énormément. Il n’avait aucun bagage, mais pouvait tenir des conversations incroyables avec de grands intellectuels qu’il recevait dans son restaurant. Sa table était prisée et nombre d’artistes et de penseurs y venaient. Mon père est né en 1914 à Tunis, il a immigré de Tunisie après la Seconde Guerre mondiale, il a vécu le pire pendant ce conflit. Et il n’a jamais baissé les bras. Il m’a eu tardivement, mais il m’a tout donné. Il lisait quasiment un livre par jour ! Il a puisé son savoir dans la lecture. Puis, quand je me suis mis à écrire, quand je suis passé du statut de lecteur à celui d’écrivain, c’est devenu addictif. Et puis voir son nom sur une couverture, c’est génial, hein ? (rires) Et tout comme en lisant, j’apprends en écrivant… J’apprends beaucoup de mes auteurs aussi !

Revenons en maintenant à l’objet premier de l’interview, après ce petit tour d’horizon… Écrire un livre à succèsN’est-ce pas un peu présomptueux pour un éditeur de titrer ainsi ? Je veux dire par là que la première critique pourrait-être celle-ci : s’il le sait, pourquoi il ne le systématise pas ?  Ceci est la question qui fâche de l’interview et elle est tirée d’un commentaire que j’ai personnellement reçu par rapport à votre livre.

 — Alors… Ce n’est pas l’éditeur qui fera le succès d’un livre, mais l’auteur. Ce livre est destiné non aux éditeurs, mais aux auteurs. L’éditeur est là pour accompagner, non pour décider du contenu. Certes, il s’occupe de « l’emballage » du texte, avec le choix des collections ou des couvertures, et chez JDH, nous sommes très bien placés dans le domaine. L’éditeur pense le titre et adapte le prix de vente, mais aujourd’hui, si l’auteur ne mène pas sa promotion lui-même, en activant ses réseaux, l’aventure n’ira pas bien loin. Les médias n’invitent plus les éditeurs, mais les auteurs. On ne s’intéresse plus à la production, mais au produit. Il faut bien comprendre que l’éditeur est isolé par rapport à la masse média. C’est à l’auteur de séduire le public. J’explique dans mon livre comment aborder les médias en tant qu’auteur et comment démarcher les libraires influents… Car là aussi, les éditeurs n’ont plus la main, à part des mastodontes de l’édition. Les librairies pensent par classements, et par des classements souvent empruntés aux plateformes des géants comme Amazon ou FNAC… L’autoédition et les librairies en ligne ont changé la donne, comme je le disais précédemment… et je précise que mon livre s’adresse aussi aux auteurs autoédités. Chez JDH, nous donnons tous les outils à nos auteurs, nous multiplions les idées, mais le gros du travail, c’est la façon dont eux-mêmes communiquent. Aujourd’hui, on ne peut plus écrire un livre et rester assis sur son canapé en attendant qu’il se vende… D’ailleurs, un auteur qui me tient ce genre de propos ne sera pas publié par ma maison.

 Dans votre livre, vous abordez tous les stades : écriture, correction, fabrication, édition, promotion, vente… Pour le néophyte, ce qui peut choquer, c’est que même le thème doit être étudié avant lancement du projet, que la promotion aujourd’hui n’est pas simplement du fait de l’éditeur et que le succès en soi, non pas se fabrique, nous n’irons pas jusque-là, mais ne peut venir sans respecter certains critères que vous évoquez. Je pourrais vous répondre que vous menez « l’artiste-auteur » au « désespoir créatif »…  Je vous donne un exemple : je voudrais écrire le plus beau roman d’amour, mais l’amour ne fait plus vendre… ou ma passion pour les papillons, les trains, la poésie, d’après monsieur Haddad, « emmerde tout le monde ». Qu’en est-il de la folie créatrice ? Une passion peut-elle combler un sujet ?

— Je pense qu’une passion peut combler un sujet. Mais il faut la guider. Et je suis conscient que guider une passion peut l’entraver. Je reprends les exemples que vous avez donnés pour illustrer mon propos : pour un très beau roman d’amour, je dirai qu’il ne faudrait pas présenter votre roman comme un livre de littérature générale, il faudrait l’agrémenter des tendances érotiques du moment, il faudrait le diriger vers la romance. La romance fonctionne bien en ce moment. Nous avons une collection, Romance Addict, qui marche très bien chez JDH Éditions. En littérature générale, le livre passerait inaperçu. Pour les papillons, tout dépendra du marketing. Un immense succès récent, La vie secrète des arbres, vient de nous le prouver. Le marketing est le maître-mot. Et dans ce cas précis, l’auteur a pu aller jusqu’au bout de sa passion.

Le succès, revenons-y… Souvent, les auteurs pensent vendre des milliers d’exemplaires, connaître la gloire et trouver leur œuvre dans toutes les librairies, gagner des prix littéraires, connaître les plateaux TV… Rassurez-nous, cela arrive, tout de même ?

— Cela arrive encore, mais c’est de plus en plus compliqué. Je peux vous dire qu’il y a une véritable cooptation au niveau des prix littéraires ! C’est plus facile pour Gallimard ou Actes Sud que pour nous, et pour la majorité des éditeurs, par exemple ! Mais il y a des solutions : je vous invite à lire mon livre ! (rires)

D’ailleurs, votre définition d’un Best-seller, en termes de chiffres, dans le contexte actuel de l’édition française ?

— Je ne vais pas donner de chiffres précis, mais c’est plusieurs milliers de ventes, c’est certain. Et c’est beaucoup moins qu’avant…

 Combien de livres paraissent en France chaque année ?

— Près de 100 000…

Et combien connaissent un véritable succès à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires ?

— Une dizaine tout au plus… Autoédition comprise… Et ces succès sont souvent influencés par le fait que l’auteur soit un personnage célèbre. Du show-business ou de la politique.

J’avais écrit, il y a quelque temps, que : « la couverture d’un livre est son costume, sa quatrième de couverture sa personnalité et le texte est son âme »… Vous avez aimé cette phrase au point de la reprendre presque comme une citation, et j’ai constaté par la suite que si pour moi elle était issue d’une sorte de poésie, d’une inspiration créatrice, pour vous, elle est devenue factuelle.  Dans votre livre, vous parlez de ces choix que l’auteur doit faire, accompagné par l’équipe éditoriale pour tirer le maximum du potentiel de son œuvre. Monsieur Haddad, pour vous, un livre est comme une entreprise individuelle au sens premier du terme ?

— Absolument ! Et si vous voulez rencontrer le succès, il faut le prendre comme tel. Chaque livre est une entreprise qui demande un investissement en temps, en argent, et on est alors en droit d’attendre, en plus du plaisir, un retour sur ces investissements.

Merci, Jean-David, d’avoir bien voulu répondre à toutes ces questions, que j’ai rédigées, et je le précise, en toute indépendance, comme rédacteur en chef de la revue littéraire L’Édredon, non comme partenaire des Éditions JDH, mais avant de vous laisser, un dernier mot, un message pour vos lecteurs ?

— Oui, je voudrais d’abord remercier les personnes qui m’entourent et qui travaillent au quotidien pour que les projets des auteurs voient le jour. Je pense à notre directrice de production, Cynthia, qui m’a poussé il y a cinq ans à réaliser mon projet et qui fait qu’aujourd’hui, il fonctionne. Je pense à Clémentine qui ne compte pas ses heures sur les corrections et la mise en page, je pense aussi à nos directeurs et directrices de collection actuels et potentiels qui s’investissent pleinement sur leurs charges, je pense à nos partenaires financiers qui ont osé croire à notre modèle en investissant des sommes conséquentes dans le capital de notre maison. Nous sommes une belle équipe. Je voudrais dire aux lecteurs de cette interview que l’édition demande beaucoup de travail, qu’on ne compte pas notre temps ni nos efforts. Je remercie également tous nos auteurs de faire confiance à notre maison, qui, quant à elle, travaille à créer une nouvelle formule d’édition, et qui prend petit à petit sa place dans le paysage de l’édition française. Comme je remercie aussi les lecteurs, de plus en plus nombreux et réactifs à nos publications, pour les médias comme pour les livres. Le modèle communautaire que j’ai imaginé verra ses médias se développer grâce à vous et pour vous. JDH Éditions a aussi l’ambition de se développer à l’international, non pas pour servir la mondialisation dont je parle souvent, mais pour au contraire cultiver les différences et découvrir d’autres manières de vivre ou d’écrire… et c’est notre pari pour l’avenir.

 

Une interview menée et rédigée par Yoann Laurent-Rouault, rédacteur en chef de la revue littéraire L’Édredon, disponible sur www.jdheditions.fr