La « distanciation sociale » antivirale : élément pernicieux de « novlangue » Article de Sir Sami Rliton

La « distanciation sociale » antivirale : élément pernicieux de « novlangue » Article de Sir Sami Rliton

La « distanciation sociale » antivirale : élément pernicieux de « novlangue »

Avec un compère1 confiné connecté, en lien malgré la distance via de providentiels réseaux sociaux, nous avons très vite tiqué sur ce choix sémantique largement diffusé par le monde politico-médiatique. Pour le sens commun, le terme « social » renvoie au lien à l’autre, tout bonnement à la relation, une notion corrélative aux affects nécessaires à une bonne santé. L’OMS se plaît d’ailleurs à insister sur la dimension sociale de la santé dans sa définition théorique2, en attendant que la pratique intimement liée aux différents contextes socio-économiques, se généralise peut-être un jour spontanément par le virus de l’authentique philanthropie. Alors que l’expression « distanciation spatiale », ou plus simplement « distanciation physique » aurait largement suffi à « nous éduquer », la « distanciation sociale » induit cette fâcheuse tendance à suggérer aussi, une certaine fermeture des 5 sens en présence d’autrui. Dans cette mesure, nous considérons cette formulation comme un biais cognitif3 qui consisterait non seulement à nous éloigner physiquement des autres, mais également à susciter insidieusement l’évitement de la communication. Il suffit d’observer comment s’instaurent ou plutôt ne s’instaurent pas, les relations au niveau des caisses de supermarché, déjà tristement minimalistes auparavant.
Du point de vue des sciences sociales, une distance spatiale variable induira forcément des sociabilités elles aussi différentes en fonction des possibilités de rapprochement. En l’occurrence, les codes spatiaux seraient en général culturels et dépendraient intimement de notre appartenance à telle ou telle communauté ethnique. En psychologie sociale, la notion de proxémie selon Edward T. Hall (La dimension cachée, 1966), définit précisément ces différents modes de rapprochement physique et leurs caractéristiques humaines. D’après Hall, « quatre distances se retrouvent partout, bien que selon un usage variable à travers le monde ou à travers le temps. La première est la « distance intime », celle des rapports amoureux ou des parents avec leurs enfants. La peau, les traits du visage sont vus en gros plan, comme agrandis. Pendant longtemps, l’intimité se manifestait derrière les portes fermées mais à l’heure des selfies et des sextos, elle déboule dans l’espace public. Le changement est considérable et sans doute encore mal compris. La « distance personnelle », c’est les 30 à 80 cm que chacun se réserve par rapport à une personne ou une chose pour l’objectiver, en avoir une vue non déformée en trois dimensions et pouvoir la toucher, c’est-à-dire percevoir physiquement sa matérialité: il est «interdit de toucher» dans les musées. La désormais fameuse « distance sociale » correspond aux 1,5 à 3 mètres qui font disparaître le détail des visages des autres et empêchent le contact, à moins d’efforts. C’est la distance la plus usuelle des relations de travail ou de ville. La « distance publique »,
enfin, est celle qui s’établit spontanément entre une personne de pouvoir et son entourage ou son auditoire. La présidence se meut dans un espace isolé de la foule »4.
C’est alors que la terreur virale mondialisée aurait pour dessein de nous protéger les uns des autres, en nous imposant de conserver partout une certaine distance spatiale, une injonction simplifiée par une désormais nécessaire « distanciation sociale », la distance privilégiée des relations de travail selon la 3ème option de Hall. Pendant que le rapprochement physique entre inconnus devient suspicieux voire dangereux, le choix du terme « social » semble venir renforcer l’idée d’une relation réduite, un choix englobant mécaniquement spatial et social. Ainsi s’imprimerait en nous un programme cognitif qui par des truchements inconscients, s’insinuerait nécessairement dans nos représentations du lien « social », ce qualificatif devenant instinctivement assimilable à la notion de risque. Pour le philosophe Jean-Jacques Rosat, spécialiste d’Orwell et de sa fameuse novlangue, « le principe est que plus l’on diminue le nombre de mots d’une langue, plus on diminue le nombre de concepts avec lesquels les gens peuvent réfléchir, plus on réduit les finesses du langage, moins les gens sont capables de réfléchir, et plus ils raisonnent à l’affect. La mauvaise maîtrise de la langue rend ainsi les gens stupides et dépendants. Ils deviennent des sujets aisément manipulables par les médias de masse tels que la télévision, la radio, les journaux, les magazines, etc … »5. Prenez tout de même bien note que la « distance sociale » en question, engendrée en partie par une « lointaine présidence », ne saurait vous empêcher trop longtemps d’aller travailler.
L’idée essentielle de la novlangue serait donc « de supprimer toutes les nuances d’une langue afin de ne conserver que des dichotomies qui renforcent l’influence de l’État, car le discours manichéen permet d’éliminer toute réflexion sur la complexité d’un problème : si tu n’es pas pour, tu es contre, point d’espace pour une voie du milieu. Ce type de raisonnement binaire permet d’éliminer tout débat, toute discussion, et donc toute potentielle critique de l’État »6. Pendant cette crise sanitaire, la pensée unique s’est cristallisée avec fulgurance autour de la nécessité politico-industrielle et certainement pas éthique, d’entreprendre des essais randomisés en termes de traitements médicaux. Le gouvernement est allé jusqu’à empêcher les médecins de prescrire et donc de soigner, avec l’assentiment tacite voire affirmée, d’une opinion publique bovine pour laquelle je me permettrais enfin une prescription toute personnelle : la distanciation médiatique. Car selon l’OMS, la santé relève « d’un état de complet bien-être physique, mental et social ».