Naissance sous X : une bouteille à la mer. Par .Carlo Sibille Lumia Journaliste et auteur.

Naissance sous X : une bouteille à la mer. Par .Carlo Sibille Lumia Journaliste et auteur.

Carlo Sibille Lumia, journaliste, chroniqueur judiciaire et nouvel auteur de la maison JDH,  nous gratifie d’un second article pour notre revue littéraire l’Edredon, sur le sujet douloureux de l’identité. Vous le retrouverez prochainement dans notre collection policière.

YLR.

Une bouteille à la mer

Sam a poussé son premier cri il y a 23 ans à dans un ancien hôpital sarregueminois (en Moselle) aujourd’hui inoccupé… Ses parents biologiques n’avaient, à l’époque, pas les moyens d’élever une quatrième enfant. Ils ont fait le choix de l’abandonner aux services de l’Etat, sa mère accouchant sous X.

Se définissant comme « plutôt heureuse » dans sa vie, Sam est néanmoins en quête de réponses : « J’ai besoin de savoir d’où je viens pour me construire, indique-t-elle. Ce combat, je ne l’effectue pas dans un esprit de jugement, ni pour leur reprocher quoi que ce soit ! S’ils m’ont abandonnée, c’était pour m’offrir une vie meilleure, je souhaite simplement obtenir des réponses. »

Il y a deux ans, Sam entame en effet des démarches auprès de l’Aide sociale à l’enfance du côté de Metz, ville dans laquelle elle réside désormais, pour obtenir ces informations. Un dossier est ouvert et elle apprend l’âge également l’âge de ses trois frères et sœurs et de ses parents biologiques… Ainsi que leurs métiers : « Ma mère était femme au foyer, et mon père imprimeur, confie l’étudiante infirmière en troisième année, surnommée Marie durant ses premiers jours à la maternité. J’ai immédiatement lancé un appel sur les réseaux sociaux. »

Sa bouteille à la mer est repostée 20 000 fois, likée 5400 fois et commentée 240 fois en très peu de temps. De nombreuses personnes la contactent pour lui donner des informations… Autant de pistes potentielles qu’elle suit, procédant par élimination.

« Pas les moyens d’aller faire un test ADN en Belgique ! »

Mais, en fin de compte, aucune n’aboutit. « Une seule aurait pu correspondre mais l’âge d’un des enfants, qui m’a contactée, ne correspondait pas, confie la jeune femme. La seule option pour la confirmer reste le test ADN mais il faut se rendre en Belgique pour l’effectuer…Encore étudiante, je n’ai pas les moyens ! »

Les tests génétiques restent en effet interdits en France, sauf s’ils sont ordonnés par un juge dans une finalité médicale ou scientifique… Pourtant, plus de 100 000 Français en réalisent chaque année pour savoir d’où ils viennent, qui ils sont. … Ces derniers n’ont d’autres choix que se tourner vers l’étranger, ou de commander des kits sur internet en toute illégalité – sous peine de recevoir une amende de 3750 euros ! Comme cette Strasbourgeoise de 46 ans qui a retrouvé son père le mois dernier grâce à l’un de tests, et après des années de recherche…

De nombreux scientifiques, appuyés par des associations, se battent pour que la législation soit assouplie, notamment pour que les recherches de personnes nées sous X – à l’instar de Sam – ne demeurent pas de simples bouteilles jetées à la mer… Car comme le dit si bien l’adage : « Celui qui ne sait pas d’où il vient ne peut

savoir où il va car il ne sait pas où il est… » Tout le monde a le droit à une réponse pour avancer, se construire, mettre fin à ce perpétuel questionnement.

Carlo Sibille Lumia