J’ai tangué sur ma vie – Maryssa Rachel. Chronique par Bianca Bastiani.

J’ai tangué sur ma vie – Maryssa Rachel. Chronique par Bianca Bastiani.

J’ai tangué sur ma vie 

Maryssa Rachel

J’ai tangué sur ma vie

Roman de 369 pages dans la collection Magnitude indice 7 pour lecteur informé.

Il est des lectures qui vous marqueront à tout jamais, dont vous ne ressortirez pas indemnes. « J’ai tangué sur ma vie » est de celles-ci. Un livre coup-de-poing, une claque, une cascade d’émotions brutes ! Malgré l’âpreté du sujet, ce roman se lit très facilement. Je n’ai pas pu le lâcher dès lors qu’il a été ouvert. Je l’ai dévoré en à peine quelques jours. J’ai vraiment adoré cet ouvrage.

L’auteure nous conte l’histoire de Dédé, un alcoolique maniaco-dépressif, mais aussi un mari et un père de famille aimant. Dès le départ, on comprend que notre antihéros n’a pas de chance et que pour lui, c’est foutu d’avance. Trop tôt marié à une femme qu’il a engrossée et qui ne l’aimera jamais, André souffrira toute sa vie durant de ce manque d’affection et de tendresse. Françoise est la femme de sa vie, son grand amour. Elle ne lui accordera que mépris et rancune. Après tout, il a gâché son avenir en la mettant enceinte. Dédé fait de son mieux pour être un bon père pour la petite Magali. Il travaille dur pour que sa famille ne manque de rien. C’est un bon élément alors son patron lui offre une promotion, un meilleur salaire et des responsabilités. Mais Dédé n’est pas à la hauteur pour diriger son équipe. Alors, il boit, il cache des bouteilles dans son casier à l’usine pour se donner du courage. Pour faire plaisir à Françoise, il achète une maison avec jardin. Mais sa femme n’est jamais satisfaite. Elle passe son temps à se plaindre. André préfère aller au café en compagnie de ses amis poivrots plutôt que d’entendre des jérémiades incessantes. Entre temps un autre enfant est né, Ludovic. Un pavillon de banlieue, un chien, deux gosses, une jolie femme et des fantômes qui rodent autour de Dédé. Sa maison est construite sur un ancien cimetière. Simone la vieille pute, sa compagne de beuverie le lui a raconté au café. Plus le temps passe, plus il s’abîme, s’écorche et dégringole. Les spectres l’engloutissent. Les angoisses l’étouffent. La bouteille est sa béquille, sa maîtresse et sa meilleure ennemie. Il vomit tripes et boyaux. Il se chie dessus. Il pue de la gueule. Nous assistons impuissants à sa déchéance. Et pourtant il est tellement attachant notre Dédé. Plusieurs fois, j’ai eu envie de le secouer. J’ai espéré en vain qu’il se ressaisisse. Il m’a bouleversée. J’ai suivi son parcours de cure de désintoxication, en maison de repos et hôpital psychiatrique. Rien n’y fera, il continuera de se détruire en tanguant sur sa vie.

Le style de Maryssa Rachel est percutant, addictif et jalonné de nombreuses références musicales et poétiques. Malgré l’aspect dramatique, l’écriture nous plonge avec délice dans la nostalgie des années 70, 80 et 90. L’ensemble, très vivant et réaliste, ne donne pas dans le pathos. De petites touches d’humour et d’autodérision ont achevé de me séduire. Un très grand livre, sans aucun doute ! Après l’avoir lu, vous ne regarderez plus jamais un alcoolique de la même façon.

Bianca Bastiani Auteure.