Lettre à mon fils, par Yoann Laurent-Rouault.

Lettre à mon fils, par Yoann Laurent-Rouault.

Lettre à mon fils.

 

Bientôt mon petit bonhomme, c’est la fin de cette année bancale, qui te suivra désormais toute ta vie puisque tu y es né.

Que penseras-tu de l’année de ta naissance, quand devenu un homme, tu liras la presse de l’époque ?

Comment jugeras-tu tes aînés ?

Comment percevras-tu le pays où tu es né ?

Y serons-nous encore ?

Quand tu regarderas les photographies de tes parents portant le masque, qu’est-ce que cela évoquera pour toi ?

Quand maman te racontera qu’accoucher en plein confinement a failli te coûter la vie  et t’a conduit en soins intensifs, que diras-tu ?

Que penseras-tu de l’erreur médicale en pleine dictature sanitaire ?

Et lorsqu’elle te parlera des larmes d’un ami cher qui n’a pu venir te voir à la maternité, que ressentiras-tu ?

Et de la bataille qu’il a fallu mener pour que  j’assiste à ta naissance et tenir sa main?

De mes aventures pour sortir de la maternité surconfinée en douce et trouver des fleurs pour ta mère alors que plus un seul magasin en vendait ?

Riras-tu, quand maman te parlera des colères homériques de ton père contre tout ce qui est liberticide ?

Lorsqu’elle te mettra entre les mains les textes et les livres de ton  anar de père?

Mais, tu la connais,  elle te parlera  surtout du bonheur incomparable d’avoir vu ta frimousse jour après jour, de ton rire et de tes beaux yeux qui effaçaient tout. Qui effacent tout. Et qui effaceront toujours tout pour elle. C’est ta maman, tu n’en as qu’une et c’est très bien parce qu’elle est formidable.

Je ne sais pas ce que l’avenir te réserve, ni ce qu’il nous réserve, mais une chose est certaine, l’année de ta naissance n’était pas des celle des vacances. Notre monde s’est écroulé. Ce que nous connaissions, ce que nous considérions comme acquis ne l’était plus. Rien n’a fonctionné normalement. Rien n’était simple. Il y a même de la famille qui ne te connaît pas encore, ceux qui sont loin, ceux qui sont coincés par ces gouvernements qui ont la prétention de penser pour eux. De décider pour eux.  Il a fallu résister, comme l’ont fait tes arrière-grands-parents dans une époque encore plus noire, pour garder le moral et la confiance dans le lendemain.

Tu sais, je n’ai jamais autant écrit, ni travaillé, ni pris tant à cœur mon métier que cette année-là. Je ne me suis jamais autant battu pour mener à bien nos projets, pour avancer…

Dis-toi que nous avons aussi eu la chance de rencontrer des gens extraordinaires qui ont veillé sur toi à leurs façons, comme ils le pouvaient et qu’il ne s’est pas passé un jour sans que l’un d’entre eux parle de toi. C’est aussi, pour ma part, ce que je retiens de cette période affreuse.

Cette petite flamme que tu mettais dans leurs yeux.

Et dans les miens.

La terre ne va pas s’arrêter de tourner pour cause de virus, des lendemains qui chantent tu en connaîtras à ton tour, ta génération ne fera sûrement ni mieux ni pire que la nôtre, elle s’adaptera, fera avec et cherchera le bonheur dans le grand merdier planétaire. Mais, c’est à ma génération de préserver tes libertés, et celles de tous tes potes  et de tes copines en couches-culottes, de se battre pour sauver des idées pourtant inscrites sur les frontons de nos mairies. Des idées pour lesquelles tes aïeux ont combattu. Et si on n’y arrive pas, promis, juré, craché, croix de bois, croix de fer, si je mens je vais au paradis, je t’offrirai le manuel du parfait révolutionnaire.

On aura du temps, on fera des milliers de choses ensemble, et malgré ce que dit un type d’aujourd’hui qui sera lui-même un sujet de plaisanterie dans moins de dix ans, un certain Garovirus, Maréchal de son état, tu n’iras pas à l’école mon fils et je ne reculerai devant aucun sacrifice pour que tu grandisses à l’air libre.

 

Papa.