Phobie scolaire, voyage au pays des familles broyées, par Nathalie Sambat

Phobie scolaire, voyage au pays des familles broyées, par Nathalie Sambat

Phobie scolaire,

Voyage au pays des familles broyées

Par Nathalie SAMBAT

La phobie scolaire, ou Trouble anxieux scolaire, est une peur multifactorielle et irrationnelle qui empêche le jeune d’aller à l’école. Ce n’est pas qu’il ne veut pas, mais c’est qu’il ne peut pas !

Les symptômes sont nombreux et variés : crises d’angoisses, insomnies, nausées, vomissements, crises de larmes, déprime, et bien d’autres. Ils arrivent brutalement, après quelques signes annonciateurs souvent légers et anodins, comme un absentéisme autour de maux de tête, de ventre…

En amont de ce blocage, on trouve souvent un facteur déclenchant qui peut être de nature grave à mineure, comme un harcèlement, un décès, un divorce ou un déménagement. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Pour aider son enfant, il est primordial de comprendre ce qui l’a rempli car dans la majorité des cas, derrière un enfant en phobie scolaire, se cache un profil cognitif atypique non détecté ou mal accompagné. Dans 80% des cas en effet, les bilans montrent des Hauts potentiels, et/ou des troubles DYS, et/ou un TDA-TDA-H (Trouble déficitaire de l’attention avec ou sans Hyperactivité), et/ou un TSA (Trouble du spectre de l’autisme).

Ces handicaps invisibles poussent ces enfants à une sur adaptabilité qui les épuise depuis tout petits. Une grille de compréhension, de communication et de lecture différentes de leurs pairs qui nécessitent beaucoup d’efforts pour être et faire comme les autres.

Le parcours pour les parents est long, laborieux et solitaire. Souvent méconnus, y compris par les professionnels en charge de ces jeunes, ces troubles font souvent l’objet de jugements et de critiques qui portent préjudice  à l’ensemble de la famille. Par exemple, l’enfant peut être jugé insolent, mal élevé, têtu ou capricieux alors que c’est le TDA-H, ou le HP qui le rend spontané, tenace, passionné et avec une grande soif de justice.

Malgré une quasi-absence de base empirique dans son travail, une petite armée d’intellectuels continue à présenter Freud comme l’un des penseurs les plus influents du siècle dernier, dans le sillage de Karl Marx et d’Albert Einstein. Sans Freud, nous aurions Œdipe, mais pas le complexe d’Œdipe. De plus en plus décrié et critiqué, il reste néanmoins fortement ancré dans les approches thérapeutiques qui prennent en charge ces enfants à fonctionnement particulier. La mère est fustigée, les parents coupables et l’enfant, un tyran (comme c’est vrai ! ).

Les thérapies qui ne prennent pas en compte ces atypismes sont à fuir. « Vous êtes trop fusionnelle avec votre enfant ! », « Vous êtes trop laxistes ! », « Vous devez couper le cordon ! » : sans scrupule, faites un psy basket, partez en courant sans payer! Freud est à la phobie scolaire ce que la saignée est à une double fracture de l’avant bras : une perte de temps douloureuse. Pour adhérer aux soins, l’enfant a besoin de comprendre sa différence, de comprendre les autres et de s’équiper de certains outils pour être avec les autres sans souffrir.

La phobie scolaire est à l’enfant ce que le burn out est à l’adulte. Ce n’est pas un caprice, mais une dépression sérieuse qui peut mener à une phobie sociale, des scarifications, des troubles alimentaires et des suicides ! L’adulte doit s’arrêter autant de temps que sa reconstruction le nécessite. L’enfant, lui, subit des pressions de toute part pour retourner à l’école. Pourtant, c’est un enfant avant d’être un élève ! Quand l’enfant va mal, on en prend soin, sans pressions ni contraintes,  et, seulement après, on le remet sur la route des apprentissages.

Depuis le début de la crise sanitaire, de nouveaux profils apparaissent. Ils sont de plus en plus jeunes et sans profils particuliers. Juste une grande sensibilité qui en fait des éponges à ce climat actuel extrêmement anxiogène. Ils sont confrontés aux difficultés de leurs parents, à un avenir incertain, à l’absence totale de loisirs à l’extérieur, à la peur d’être les assassins potentiels de leurs grands parents ou de leurs amis… Comme pour les autres profils, ces jeunes souffrent d’une incompréhension de cette société, une perte de sens à la vie qui les mène à la dépression. Malgré leur jeune âge, vivre dans ces conditions dans ce monde est trop difficile.

La phobie scolaire est un sujet qui me tient à cœur puisque concernée directement : mon fils a basculé dans la dépression à son entrée en 6ème.  J’ai connu la stupeur, l’impuissance, l’incompréhension, le jugement, la solitude, les errances médicales et tout ce que décrit Lili Saxes dans « Sa phobie scolaire, ma délivrance ». J’invite tous les parents à ne pas douter de leurs ressentis et à faire confiance à leurs enfants, malgré la pression extérieure, des proches ou des professionnels.

Nous sommes des humains qui devons nous adapter à un système qui ne l’est pas. Il serait grand temps que ce soit le système qui s’adapte à nos enfants, pour eux, et pour notre avenir!

« Ce n’est pas un signe de bonne santé mentale d’être bien adapté à une société malade ». Jiddu Krishnamurti

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Nathalie SAMBAT

Auteur et directrice de la collection Case Blanche