Vous nagez bien, chef !

Vous nagez bien, chef !

Vous nagez bien chef !

 

Je ne sais pas pourquoi, ce matin, j’hésite entre deux sujets pour écrire un article sur notre  belle revue littéraire. Peut-être est-ce à cause de notre pyramidale élyséen et de son allocution d’hier soir. Allocution, qui en toute logique n’aurait pas dû avoir lieu le 31  mars, mais le premier avril.

Et sûrement aussi à cause de mon entretien récent avec une sommité des critiques de cinéma, auteur de la maison et réédité prochainement dans la collection Atemporel. Monsieur Bruno Cras, que je salue avec respect et plaisir au passage.

Alors, pour ce matin, article sur le cinéma ou billet d’humeur ?

Mon cœur balance.

Alors les deux mon président!

Les deux parce que j’avais envie de longue date de faire un article sur la trilogie de la Septième compagnie et dans le même temps, je ne suis pas insensible à l’actualité qui se résume aujourd’hui au discours de l’exécutif et surtout à la débâcle de notre gouvernement. Me revient cette phrase d’introduction aux premières minutes du film :

– « On ne va pas aller jusqu’à dire que c’est une gloire de reculer comme ça, mais presque ».

Aussi, puisque mon cerveau endommagé par 46 ans de vie en République française ne peut s’empêcher de faire des parallèles entre fiction et réalité, surtout en ce moment : j’additionne. Par exemple, quand  notre commandant en  chef parle de sa stratégie guerrière contre l’ennemi invisible, me viennent des extraits de dialogues de cette formidable comédie en trois actes , comme :

– « Oh là là ! Qu’est-ce que vous nagez bien chef ! »

C’est le moins qu’on puisse dire. Reste pour lui à ne pas choper de crampes et à faire attention aux morsures des tanches d’eaux douces. Le discours continu et puisque je le vois toujours en nage libre, me vient à l’esprit une autre réplique du film, du dernier volet, La septième compagnie au clair de lune, quand ils traversent la Loire pour gagner la zone libre, dialogue qui pourrait se jouer entre commentateurs et porte bonne parole gouvernementale :

–  « Le chef, lui au moins, il n’éclabousse pas ! »

Et le journaliste suce-rosette de répondre :

– « C’est normal, c’est le chef ! »

Les mots s’enchaînent, les décisions « au moi je  » s’additionnent et je repense alors à cette scène où les trois héros sont faits prisonniers et déguisés en officiers et où Tassin n’est pas fichu de donner son grade au soldat allemand qui l’enregistre comme prisonnier de guerre. Pithivier le corrige :

– « Pas capitaine, commandant ! »

Et oui. Commandant en chef des armées, il est le garçon qui parle de guerre à la télévision depuis une loooongue année. D’ailleurs, pour l’anecdote, je sais de source certaine que son nom de code en cas de guerre c’ est « Mirabelle ». Et que pour le premier ministre « églantine ».

Je n’arrive pas à me concentrer.

J’ai l’écoute distraite.

C’est bien la première fois qu’il me fait sourire celui-ci, surtout dans ces circonstances…

Me vient une autre phrase de dialogue quand il aborde la logistique médicale, le nombre de lits disponibles et le service de réanimation en gros :

– « Tuer un allemand en temps de guerre, ça va chercher loin ».

Là, vous avouerez, nous n’en sommes pas loin…effectivement. Ensuite, notre stratège en culotte courte, sucette à la main,  déjà en retard pour mettre son pyjama, évoque les mesures, les gestes barrières, les fermetures d’écoles, bref, tout ce qu’il faut pour trouver, comme dirait Pithivier :

– « Une solution pour qu’il ne puisse plus pulluler. »

Sous-entendu, le virus. Qui comme les lapins du film, ne se laisse pas facilement prendre au collet, même « si le fil de fer, c’est pas ce qui manque dans la quincaillerie » du chef Chaudard. Et de m’empêcher d’adapter à nouveau à l’écoute de la suite de son discours, en piochant cette fois dans le premier opus de la série, lorsque le chef Chaudard investit manu militari une cuisine de ferme pour trouver du singe, du jaja et une paire de godasses pour ce tire-au -flanc de Pithivier. La brave fermière s’interroge sur leur présence dans la forêt de Machecoul, c’est-à-dire à des kilomètres derrière les lignes allemandes. Chaudard répond :

« – Comprenez, une supposition que le virus recule…Crac ! On est là !
– Pour l’empêcher de reculer.
– Non pour euh…….la tenaille, quoi. »

Manœuvre habile plus communément appelée « prise en sandwich » dans les états-majors du ministère de la Santé où la devise est d’ailleurs : « Le virus rouge sur le bouton rouge, le virus vert sur le bouton vert. » Code couleur utile, vu le nombre de variants inscrits au registre du commerce… Il paraît que nous aurons bientôt un catalogue disponible sur Amazon, d’ailleurs.

Pour finir, c’est à se demander si c’est ce con de pangolin ou ce salopard de singe « qui a fait sauté le pont ». Car on ne sait toujours pas du virus du chimpanzé ou du virus du pangolin, ce qui va nous tuer ou nous sauver… les paris sont ouverts en Europe tandis que de plus en plus de chinois sont devenus végétariens.

La situation est quand même critique, et à l’Élysée, en conseil de défense, Garovirus ne cesse de répéter à ses ministres au bord de la crise de nerfs, m’a-t-on dit  de bonne source, je suis rédacteur en chef de cette revue à vocation internationale, ne l’oubliez pas : « Mais tremblez pas comme ça, ça fait de la mousse !!! »

Je me force à écouter la suite attentivement, mais le film prend définitivement le pas sur la réalité, les images se succèdent,  quand il parle terroir, c’est-à-dire quand l’exécutif révise sa géographie de la France administrative en confinant les départements les uns après les autres, il a sûrement  à côté de lui un émule de Pithivier qu’il a comme conseiller et qui lui chuchote à l’oreille en pointant la carte du doigt :

– « De ce côté-ci, Chef, les virus ont l’air plus gentils que de ce côté-là »

D’ailleurs, le premier sinistre démissionnaire et barbu façon Oréo, lui avait bien dit avant de rejoindre sa province en convoi sanitaire : « Voyez, vous n’auriez pas dû lâcher par les deux bouts en même temps, chef, comme ça vous n’auriez pas été entraîné dans la vase par le courant jusqu’à la sortie de l’égout.  »

La vérité nue sortit de la bouche d’un brave type dans le film. Un simple constat. Réplique formidable. Adaptable à souhait. Mais surtout, ce que je comprends du discours de notre élu par circonstances aggravantes, c’est qu’il ne faut surtout pas rester :

– « Groupir », ça veut dire « ensemble » ? Ah ben tu vois, je sais déjà un mot ! « Groupir… ja ja… Moi comprir! »

Et que c’est pour ça qu’on a plus le droit d’aller au bistrot. Ni au restaurant. Ni au cinéma.

Bref, je rends hommage dans le même article à notre prodigieux gouvernement et dans le même temps, à l’immortel Robert Lamoureux. Pardonnez-moi d’en rire, et on ne peut pas rire de tout, il paraît que ce n’est plus toléré, mais cela reste pour moi le meilleur remède contre la connerie ambiante. D’ailleurs, je dédie cet article à tous ceux qui ne prennent plus au sérieux la situation et qui continue de vivre comme bon leur semble, sans faire plus attention que ça aux « Lambert » des milices de préfectures et sous-préfectures et qui n’impriment plus de laissez-passer. Et finalement, cet article, je vais en faire un édito. Mais une dernière question avant de déposer le clavier :

– « Fous afez du à l’ail ?»

 

Yoann Laurent-Rouault, chef des transmissions.